
Sur la route des épices,
Avdat, cité nabatéenne
Au coeur du Néguev.
dimanche 8 octobre 2006.
Site internet : Gros plan sur les habitats troglodytes
Nous avons pris la route depuis Massada jusqu’à Avdat, destination que nous nous étions fixée.
Les contours du désert du Néguev sont variables, selon le prisme de l’historien ou du géographe. Il concentre une des plus grande diversités de paysages et de configurations géologiques, il constitue un jardin botanique que les civilisations qui se sont succédées ont modelé, qu’une grande palette de la flore sauvage naturelle occupe. Le Néguev fait partie de la ceinture désertique qui va du Sahara à l’Arabie saoudite.
Israël, février 2006.
Nous traversons ces grandes étendues rocheuses, sur une belle route, nous laisserons pour l’instant, de côté Arad et Beersheva, les grandes villes du Néguev, nous nous enfoncerons dans une large bande de terre où les villages bédouins sont de plus en plus présents. Les villages montrent un certain développement sédentaire à mesure qu’on approche des villes. Nous apercevons peu de troupeaux, quelques chameaux ou chamelles, quelques moutons et chevaux, sont-ils à l’intérieur des terres ?

- Village bédouin
- Entre Bersheva et Avdat.
Les Bédouins en Israël, sont scolarisés, font l’armée et vont à l’université. Mais ils sont aussi, l’objet d’une suspicion de participer à divers trafics et contrebandes. Néanmoins, ils font partie intégrante des nombreuses composantes ethniques, religieuses et culturelles d’Israël. Ils s’acquittent de leurs devoirs et obligations de citoyens.
Parfois aussi, nous apercevons des casernements militaires, et quelques avions en mission d’entraînement.
Nous arrivons bientôt et passons devant le kibboutz de Ben Gourion, Sde Boqer, soudain, à notre gauche, se dresse la citadelle d’Avdat brûlée par le soleil, d’où jaillissent des colonnes d’une acropole.
Nous approchons et stationnons près du bureau des entrées et informations, qui fait office de musée-présentoir du site, lui même situé sur l’emplacement de thermes byzantines.

- Objets d’artisanat trouvés à Avdat.
Des cartographies des itinéraires qu’empruntaient les caravannes nabatéennes, une présentation des marchandises qu’ils transportaient, essentiellement des parfums, des épices et des étoffes. Des objets d’art, amphores et céramiques sont présentés au visiteur. Un film de mise en condition était disponible qui nous fut projeté.
Puis, nous prîmes le chemin de la citadelle.

- Avdat, Cité nabatéenne.
- Panorama et sculptures.
Les caravannes nabatéennes parcouraient jusqu’à 5000 km, pour transporter jusqu’à la mer, à Gaza, des marchandises qu’ils ne fabriquaient pas, mais qu’ils vendaient aux marchands européens ou du Proche Orient. Ce commerce prospère enrichit le peuple nabatéen qui construisit cinq Cités-relais dont Pétra [1] en était la capitale, et qui contrôlaient la route jusqu’à la Méditerranée, via Eilat.

- La citadelle d’Avdat.
Il entretenait de bonnes relations avec les Juifs de Judée qui les avaient autorisés à bâtir des cités-relais sur leur territoire, dont Avdat était la deuxième en importance après Petra. Ces Cités-relais faisaient des Nabatéens, un peuple semi-nomade, capable de bâtir, de commercer, et de cohabiter. Leur achitecture taillée dans le roc, à la fois caractéristique mais empruntant aux traits babyloniens et grecs. C’était environ vers le deuxième siècle avant l’ère chrétienne et le temps de leur apogée dura jusqu’au 1er siècle ap.èc.
Puis vinrent les Romains qui les soumirent vers 106 sous Trajan, alors que Caligula leur avait donné Damas, ils les asservirent pourtant, et les reléguèrent à vivre retranchés ; privés de leurs activités commerciales, ruinés par les lourds tributs qu’ils durent payer à Pompée, ils vécurent encore un temps, troglodytes et esclaves au pied de leur Cité, et puis furent christianisés. Apparurent alors, quelques églises byzantines du III° siècle, dans la Cité mais aussi au pied de leurs habitats d’esclaves.
Puis vint l’Islam qui les absorba. Les Nabatéens se fondirent, s’évaporant avec leur écriture, retournant probablement au nomadisme des origines.

- Objets d’artisanat trouvés à Avdat.
La Cité en elle-même présente au premier abord une immense enceinte fortifiée qui semble avoir été remaniée au fil de la conquête romaine et de l’influence byzantine. Nous constatons des arcs que seuls les Romains maitrisaient dans l’art de la construction.
Le lieu est désertique, rocailleux, et s’ouvre largement à 360° sur l’horizon, on imagine les caravannes s’approchant de l’étape relai d’Avdat, au bout du parcours qui les conduisaient depuis les confins de l’Arabie.
Nous arrivons par une large allée et apercevons débordant de l’enceinte même, ce qui porte le nom du village des potiers, un ensembe compact de boutiques et d’allées pavées qui furent autrefois des ateliers d’artisans potiers très réputés dans le monde antique.
Une fois dans l’enceinte de la Cité, la citerne d’eau en marque le centre ainsi qu’un pressoir à vin.
Nul doute, la cité fut christianisée,
les traces des quelques églises des premiers siècles en attestent, avec un baptistère en forme de croix, ainsi que des pierres tombales à l’intérieur de l’une des églises, dont les épitaphes sont rédigées en grec, et l’une d’elles présente une ménorah [2]/bleu marine] encadrée de deux croix.

- Cité de Avdat
- Le baptistère.

- Cité de Avdat
- Corniche de porte.
Nous avons remarqué que certaines colonnes des bâtisses à l’entrée de la Cité étaient carrées, que celles qui trônaient à l’intérieur étaient rondes, issues probablement de deux types de construction différents.
Nous nous attardions sur ce lieu paisible, et cherchions en surplomb à localiser les grottes [3] où furent relégués de force par les Romains, la population nabatéenne de la Cité. Nous apercevions quelques constructions correspondant peut-être aux thermes évoquées dans notre guide, mais pas les grottes depuis le promontoir.

- Cité de Avdat
Nous en retournant, nous n’avons pas pris le même chemin qu’à l’aller, mais en direction de ces constructions du contre-bas de la Cité, côté nord. Et c’est ainsi, qu’attirés par des ouvertures taillées soigneusement dans cette roche blanche, nous découvrîmes ce qui fit notre ravissement. Des habitats troglodytes dans lesquelles des niches et des chambres étaient taillées à leur tour, formant des lieux d’entrepôt ou des couches sommaires.
La construction plus tardive que nous apercevions depuis la Cité, était une église byzantine des premiers siècles, probablement fréquentée des Nabatéens.
La Cité d’Avdat restera au coeur de mes souvenirs les plus émouvants.
[1] Site réputé situé en Jordanie, que le Nabatéens prirent à Edom, vers le V° s av.èc. Les autres villes étaient Mamshit, Haluza, Shivta et Nizzana.
[2] [Chandelier à sept branches, symbole emblématique du Judaïsme.
[3] Voir article Avdat, les habitats troglodytes des nabatéens soumis.
[4] "L’écriture hébraïque" de Joseph Cohen, éd. Cosmogone, p168.
[5] Joseph Cohen rapporte que Diodore de Sicile évoque une lettre adressée à Antigone, en 312 av.èc, écrite en écriture syrienne.
[6] Dernière inscription en nabatéen à Hejra.
[7] Premier texte en arabe, celui d’Umm el-Jimal du IV° siècle.
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- par
Nadia Darmon.H
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