
CAVAILLON
la comtadine
mardi 13 juillet 2004.
Par un jour du mois de mai 2004, gris et venté, je me trouvai en Avignon pour deux jours, et parmi les visites j’incluais Cavaillon dont je savais la Synagogue remarquable
CAVAILLON
.
Cavaillon, centre ville je suivis le panneau indicateur de l’Office du Tourisme et je stationnai sur le parking juste à sa gauche, et levant la tête je vis une plaque commémorative rappelant l’emplacement de l’ancien cimetière juif de la ville mis à jour lors des travaux de construction du parking. A l’Office du Tourisme je leur dis avoir 2 heures de disponible pour visiter la synagogue, on me l’indiqua à 10 mn à pied, elle fermait à 17 heures.
Sur la place du Clos est plantée l’Arc de Triomphe Romain du 1er siècle situé à l’origine dans la ville antique et déplacé au XIX° siècle. Cavaillon fut une Cité épiscopale depuis le IV° siècle, l’Hôtel de Ville date de 1750, mais en partant en direction de la place Castil-Blaze, la rue piétonne me conduit à l’entrée de l’ancien ghetto ou plus précisément la Carrière qui désigne en Provence le ghetto juif. Cavaillon avec Carpentras, l’Isle-sur-La-Sorgue
et Avignon font partie du territoire des Papes d’Avignon qu’on appelle le Comtat Venaissin et où furent regroupés les juifs fuyant le Royaume de France qui les avait expulsés au début du XVII° siècle. "Les quatre saintes communautés" se désignaient ainsi, en souvenir des quatre Saintes communautés de Jérusalem, Hébron, Safed et Tibériade.
Du Comtat Venaissin [1], c’est à Cavaillon qu’est créée en 1453, la première [2] qui regroupe les Juifs.
Par la rue Hébraïque, je pénètre en passant sous un porche en arc qu’une tour massive du XV° siècle précédait, sans que je ne soupçonnasse que c’était déjà la synagogue d’origine. Au XV° siècle, l’entrée devait se situer de ce côté- ci de la rue, avant qu’elle ne fût agrandie. Sur la porte un petit panneau informait qu’il fallait m’adresser à la gardienne tenant une petite boutique de souvenirs sous les arcades, dans la rue Paul Bert.
Sous le porche, une porte basse annonce « musée juif comtadin », mais côté rue Hébraïque, immédiatement sur la droite un escalier conduit à l’entrée de la Synagogue, par un balcon dans toute sa longueur soit la largeur de la rue.
Ainsi suis-je entrée au rez-de-chaussée surélevé de la Synagogue. Elle est le produit du manque d’espace qu’avaient ces juifs confinés dans un ghetto minuscule, car elle fut conçue dans la hauteur de la tour originelle dans laquelle un escalier allait de la partie basse qui servait de four banal du ghetto, à la confection des pains azymes de la fête de Pessah (Pâques), les Coudoles en provençal, et de galerie des femmes, à la tribune de l’officiant haut perchée réservée aux notables.
Ce n’est qu’au XVIII° siècle que nos juifs comtadins de Cavaillon eurent l’autorisation d’agrandir leur synagogue (1772-1774), et là ils traduisirent merveilleusement la culture juive et provençale propre aux juifs du Pape. Le style Louis XV dans toute la finesse des lignes, et des volutes, associé aux motifs végétaux, aux couleurs bleues et l’utilisation de la feuille d’or et des rampes de fer forgé font de cette synagogue inspirée du style Louis XV de la Provence d’alors, un trésor éblouissant.
Parmi le mobilier de cette synagogue, sans conteste le fauteuil du prophète Elie présente une singularité puisqu’il est de la taille d’un fauteuil pour enfant, style Louis XV, et trône sur une corniche d’angle au niveau haut de la tribune. Le fauteuil de circoncision de facture plus simple renferme tiroir et placard intégrés pour le rangement des instruments du Mohel (circonciseur). Il se trouve également un petit meuble ravissant bleu qui apparaît sur bien des photos, dont la gardienne m’a dit ne pas savoir à quoi il servait ; je peux affirmer qu’étant sur roulettes, qu’avec sa forme creuse et son format, il me paraissait évident que l’on y posait le Sefer Torah debout et qu’on le promenait ainsi sur son trône, au milieu de l’assemblée des fidèles au cours des offices et à Simha Torah. Il y a également un « trône » plus petit, peut-être celui-ci servait-il au rouleau d’Esther ?!
Mais avant de m’en aller, je restai attendrie devant le tronc de l’aumône ou de la Tsedakah, un des objets qui n’avait subi aucune modification depuis le XV° siècle. Les fidèles avant d’entrer dans la Synagogue, passaient devant ce qui semblait être une fenêtre à volets métalliques fermés, compartimentée par des fentes par lesquels passaient les dons affectés à des œuvres précises indiquées au-dessus
de chaque fente, en somme comme nos boîtes aux lettres actuelles : Jérusalem, Tiberias, Sfad, Hébron… Des émissaires allaient de pays en pays, de communautés en communautés pour recueillir ces dons, bravant tous les périls de ces voyages lointains… Il y avait là un témoignage que je ne suis pas prête d’oublier.
La salle basse conservée en l’état, mais renommée « Musée juif comtadin » conserve et expose les documents retrouvés dans la Guenizah de la Synagogue, placée dans la toiture. Elle y présente aussi l’Arche sainte originelle du XV° siècle, d’une simplicité qui tranche avec celle qui succèdera et qui traduit aussi, une progression de la communauté sur le plan économique.
A l’intérieur le conservateur du musée y a placé un sefer Torah endommagé par le feu semble-t-il qui était dans la Guenizah. Le four banal est d’époque, ainsi que la table à pétrir en marbre.
Les livres de prière ou de Kabbale retrouvés sont imprimés à Livourne ou Amsterdam, l’un d’eux porte une annotation croustillante de son propriétaire au moment de la Révolution qui dit : « Si celui à qui j’ai prêté ce livre ne me le rend pas, qu’il soit guillautiné ! »(orthographe fidèle). On y trouve meggilah d’Esther, Kettoubah (actes de mariage), etc… Sont exposées les stèles funéraires mises à jour lors de la construction du parking.
Ma visite prenait fin, l’aimable gardienne me dit qu’il existait un Mikvé (bain rituel) interdit au public en raison de son mauvais état, dans le sous-sol d’une maison toute proche dans la rue Hébraïque,.
Les Juifs du Pape parlaient un dialecte, le shuadit, un mélange d’hébreu et de provençal. A partir de 1215, le Concile de Latran imposa les signes distinctifs, ainsi les hommes portèrent la rouelle sur le côté gauche de leur vêtement, les femmes mariées, une coiffe dite oralia. En 1524, la rouelle est remplacée par un chapeau jaune pour les hommes. Leurs métiers sont limités à la fripe, brocante, prêt à intérêt.
Pour tous renseignements : Office de Tourisme de Cavaillon : Tél : 04 90 71 32 01
[1] Carpentras en 1461, Avignon entre 1458 et 1475.
[2] marron]Carrière["Carriero" en provençal qui signifie rue.
Des mêmes auteurs
- par
Nadia Darmon.H
Mots-clés
Dans la même rubrique
Derniers commentaires
- Messages de forum : 1
- Septembre 2007: CAVAILLON







