
En Jurue à Metz
Visite des sites juifs à Metz
mardi 27 juin 2006.
La plus ancienne mention d’une présence juive à Metz remonte au IX° siècle. Les traces sont menues, tout d’abord un nom de rue, En Jurue , et l’existence d’un Paraige (clan patricien de la commune) portant ce nom et dont les armoiries font explicitement référence [2] à une origine juive, sinon de ses membres, du moins du lieu-dit.
Metz, un dimanche de mai 2006.
Metz arbore la cité médiévale, mais je l’ignorais avant d’y être allée, Metz constitue aussi le deuxième site Gallo-romain le plus important de France. Metz est aussi gallo-romaine.
Les Musées de la Cour d’Or sont situés sur l’emplacement même de vestiges gallo-romains mis au jour, ils témoignent d’une grande richesse et renferment de nombreuses pièces monumentales, cénotaphes, stèles funéraires, bustes, balustrades, pièces de monnaies, outils, bijoux, poteries, thermes, etc… Nous retrouvons également le motif iconographique des deux mains qui se rejoignent, comme sur certaines pierres tombales juives, et qui désignent dans la tradition juive, une personne ayant appartenu à la Hebra Kadisha [3]. Ce motif est aussi utilisé sur les contrats de mariage juifs ou Kettouba .
Le Musée qui comprend plusieurs niveaux, donc plusieurs musées, contient également la salle dédiée à la Communauté Juive de Metz, fort bien éclairée, mise en valeur, elle présente de belles pièces d’usage courant comme un superbe Bsamim [4] du XVIII° siècle de facture germanique, comme ceux que l’on trouve à Schwäbish Gmund, mais aussi des pierres tombales, des gravures
anciennes de la Jurue et des synagogues anciennes, des portraits de rabbins, et objets divers du culte.

- Rabbin Yaïr Hayyim Barabach
- (1638-1702), réfugié à Metz pendant la dévastation du Palatinat de 1689/1690.
Parmi les témoignages anciens et insolites, le visiteur s’étonnera de trouver les armoiries du Paraige de Jurue [5]. Ces armoiries témoigneraient d’un Paraige d’origine juive. Le commentaire du musée dit "qu’il s’agirait aussi d’une "brisure", marque d’infâmie et des Héraldistes qu’attesterait le choix de l’aigle, emblème des empereurs de la dynastie souabe qui se voulaient protecteurs des Juifs."
Au cours de la visite des musées, j’ai pu observer de magnifiques fresques murales sur bois, datant du XIII° siècle, qui ont été retrouvés dans un hôtel particulier de Metz. Certaines représentations mi-humaines, mi-animales, m’ont portée à penser qu’elles pouvaient évoquer la figure du Juif dans la société médiévale chrétienne, telle qu’elle était déjà représentée dans l’art médiéval de cette époque.
Si je m’en réfère à l’ouvrage de Jean-François Faü [6], ces représentations seraient saisisantes. On y retrouverait un échantillon du bestiaire en usage pour représenter le Juif ou le Judaïsme : scorpion, canard, aigle de St Jean, poisson, affublés d’une tête d’homme coiffé d’un capuchon pointu.
Bien que, à cette époque, la coiffe juive d’influence germanique était plutôt à bord plat surmonté d’une proéminence conique comme représenté sur les armoiries de Jurue !
Cette communauté juive de Metz, à l’époque médiévale connue pour le prestige de ses rabbins [7] et ses écoles, fut décimée en 1096 par les croisés, puis connut à nouveau une époque de grande précarité à partir du XIII° siècle, et furent bannis en 1365. Le Concile de Latran (1215)qui avait imposé une série de mesures discriminatoires et de stigmatisation de la population juive dans l’ensemble des états de l’occident chrétien, comme le port obligatoire de la rouelle, signe distinctif visible porté sur les vêtements, la suppression de posséder des terres et de les cultiver, de professer les métiers, d’employer des chrétiens…avait contribué au sort funeste des Juifs d’Europe.
Leur droit de résidence dépend du pouvoir politique qui le suspend à la condition du paiement de taxes spécifiques, et l’interdiction de vie communautaire. Les édits d’expulsion à répétition, depuis le XIII° siècle, vident peu à peu de ses Juifs, le territoire français. Un des derniers fut celui de 1394, pris par Charles VI.
Le Royaume de France retrouva vers le XVI°siècle,
une population juive, au fur et à mesure de ses conquêtes ou héritages des différents duchés qui avaient accueilli anciennement, et sous conditions financières, les populations juives de France expulsées.
Ainsi, lorsque Metz devint française en 1522, la ville ne comptait que 3 familles juives.
1567, ils reçurent l’autorisation de s’installer à Metz.
1574, le roi Henri III leur accorda des privilèges.
Début du XVIIème siècle, ils étaient 58 familles.
Louis XIV accorde le droit de résider à 96 familles juives, et visite la synagogue en grande pompe, comme le fera plus tard le futur Louis XVIII.
1669, l’affaire Raphaël Lévy éclate, accusé de meurtre rituel [8], il fut brûlé vif.
1716, Louis XV et son ministre Louvois renouvellent les privilèges.
1777, Louis XVI à son tour les confirme.
Puis vint la Révolution de 1789, suivie de l’émancipation des Juifs en 1791.
Le premier Séminaire [9] Israélite destiné à former les rabbins français s’était établi à Metz dès 1829, par décret du Ministère de l’Intérieur, sur la place qui porte le nom du poète Gustave Kahn, face à l’actuelle synagogue, dont il n’a été conservé que la porte marquée de la trace de la Mezouzah.
La Synagogue actuelle, rue du Rabbin Elie Bloch [10], est un important édifice, à l’intérieur duquel la Bimah [11] se trouve avancée vers le centre de la nef.
Une colonne est flanquée d’une chaire de bois sculpté sur le mode ecclésial. L’intérieur de la Synagogue offre une imposante galerie des femmes, ainsi qu’un orgue de belle facture.
Son architecture intérieure, somme toute similaire à celle des églises, marque une volonté historique des Juifs de Metz, de se fondre dans la société française, en empruntant notamment l’usage de l’orgue, introduite au XIX°siècle tout d’abord en Allemagne, sous l’influence de la Haskalah [12].
Aujourd’hui, l’usage de l’orgue étant sujet à polémique d’ordre halakhique, un rabbin de Metz, nous a-t-on dit, a pris le parti de retirer des pièces de l’orgue, le privant de son…à jamais ?
L’entrée principale de la synagogue est par ailleurs encombrée sur ses côtés, de divers mobiliers déposés, qui ne produisent pas de sons, mais produisent le plus mauvais des effets.
Nous fûmes reçus par le Rav Bamberger qui nous fit un historique de la communauté de Metz, et de ses plus illustres rabbins. Puis, nous nous sommes dirigés au cimetière de Metz lequel a le mérite d’abriter ces nombreuses figures du judaïsme messin très visitées. Les stèles innombrables, parmi les plus anciennes, présentent une cohérence architecturale et esthétique des plus remarquables.
Notre visite de Metz prit fin dans la rue En Jurue proche de l’Hôtel de Ville, lieu de la toute première Communauté juive de Metz, et dit-on l’un des ghettos les plus peuplés d’Europe, dont il ne reste que peu de choses, sinon une porte médiévale et une rue pentue et pittoresque bordée de lampadaires, illuminée la nuit et qui fait le bonheur des promeneurs.
Selon le Rav Bamberger, il serait conservé dans l’une des habitations transformée en abbaye, rue d’Enfer, la vasque d’eau de l’ancienne Yeshiva qui servait aux abblutions.
Les archives [13] et la bibliothèque municipale conservent des documents importants, notamment "le Mémorial dit Memorbuch où sont consignés les mérites des personnalités juives des XVII° et XVIIIèmes siècles, le dossier du procès de Raphaël Lévy, des documents relatifs au Grand Sanhédrin de 1807, une lettre de 1792 de Lafayette en faveur des Juifs et d’autres nombreux documents."
Office du Tourisme de Metz - Place d’Armes - BP 80367 - 57007 Metz Cedex 1 - E-mail : tourisme@ot-mairie-metz.fr wwww.tourisme.mairie-metz.fr
[1] Le nom du Paraige, la physionomie du personnage coiffé du chapeau conique des Juifs du Moyen Age.
[2] Le nom du Paraige, la physionomie du personnage coiffé du chapeau conique des Juifs du Moyen Age.
[3] Groupe de personnes chargées des derniers devoirs dûs aux défunts.
[4] Boîte à épices pour la célébration de la Havdalah, la clôture du Chabbat.
[5] Le Paraige ou Parage était un système de partage des fiefs entre tous les enfants, usité jusqu’au XIII° siècle, dans certaines régions de France et d’Angleterre. l’aîné seul était le représentant du Paraige auprès du Suzerain ; un tel système fut prohibé par Philippe Auguste en 1209, et tomba en désuétude au cours de ce siècle. "En l’occurence, un paraige est aussi un groupement de familles patriciennes résidant dans un même quartier (…) A Metz, on en comptait 5 dans la première moitié du XIII°s."
[6] "L’Image des Juifs dans l’art chrétien médiéval", éd.Maisonneuve et Larose, 2005.
[7] Rabbi Guershom "La Lumière de l’Exil" né en 960 à Metz.
[8] Type d’accusation propre à l’antijudaïsme chrétien depuis le Moyen Age.
[9] Le Séminaire a été transféré en 1859, au 9, rue Vauquelin à Paris.
[10] Aumônier de la jeunesse juive de Metz, mort en déportation.
[11] Table de lecture de la Thora.
[12] Les Lumières Juives, initiées par Moses Mendelsohn.
[13] Source : Annuaire 2002 du Consistoire Central de France.
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- par
Nadia Darmon.H
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