et j’ai voulu laisser passer un type ventripotent, âgé et moustachu, coiffé d’une casquette qui, le sac en bandoulière et les bras chargé de paquets, hésitait apparemment à s’engager sur le passage protégé.
L’homme a pris la diagonale, est venu dans ma direction et s’est adressé à moi :
« Je n’ai pas l’habitude de procéder comme je le fais mais je suis fatigué ; j’ai plein de paquets et je suis loin du bus. Je vais sur Aix. Auriez-vous l’obligeance de me rapprocher ?
Pas de problème », lui ai-je répondu en sortant de mon véhicule pour faire de la place aux courses à l’arrière. J’ajoutai, devant l’aspect volumineux de ses achats : « C’est vrai que vous ne chômez pas ! »
« Oui, ce sont des couches pour ma femme ; elle est handicapée. »
Et tandis qu’il s’installait dans l’habitacle en rangeant tant bien que mal sa béquille, mon homme m’expliqua qu’il était sans auto depuis quelques mois. « On » lui avait pulvérisée sur le parking, à proximité de son domicile.
Je manœuvrai pendant qu’il invoquait Dieu pour me remercier de lui rendre service.
« Je vous en prie. Je me trouvais là. Je pouvais vous aider…..
On est retraités. On n’a pas beaucoup de moyens. Je ne sais pas ce que je pourrai acheter en occasion avec le remboursement de l’ancienne. »
La conversation se porta sur les subsides dont il pouvait bénéficier chez lui avec son épouse. J’appris que l’aide ménagère devrait être encore là et qu’elle l’aiderait à monter ses emplettes dès que je l’aurai déposé avec ses paquets à la porte de son immeuble.
Nous arrivâmes. Il descendit et je laissai ses sacs à coté de lui. Lorsque je relevai la tête, je vis son doigt se retirer d’un bouton que je n’identifiai pas avec précision. Je tentai de déchiffrer les noms et m’aperçu que l’un d’eux avait une consonance arabe et l’autre juive. Je reparti en souriant, sans avoir le besoin d’en savoir plus.
Patrick GERARD janvier 2008 -patrickpgerard@orange.fr-


Commentaires