ESPERANTO
L’idée de la langue internationale.
« Une longue marche » « Occupée par les puissances voisines, la Pologne est rayée de la carte lorsque naît Lejzer Ludwik Zamenhof, le 15 décembre 1859, à Bialystok (dans une famille juive) et mourra à Varsovie en 1917. Le contexte linguistique (Yiddish, russe, polonais, allemand, hébreu) politique et social dans lequel il vit son enfance l’amène à penser que l’abolition des barrières linguistiques constitue une étape à franchir pour faire évoluer les esprits de la méfiance vers plus de confiance. Doué pour les langues, il parvient à élaborer dès l’âge de 19 ans un premier projet de « Lingwe Uniwersala » que son père détruira. Il en présente un autre à l’âge de 28 ans, en 1887, en russe ; traduction française de L. de Beaufront en 1899, sous le nom de « Langue Internationale » et sous le pseudonyme de « Doktoro Esperanto », ainsi qu’un recueil d’exercices (Ekzercaro). Le premier club d’espéranto naît en 1888 sur les ruines du club de Volapük de Nuremberg lorsque ses membres découvrent la nette supériorité de la langue proposée par le Dr Zamenhof. C’est aussu dans cette même ville de Nuremberg, en 1889, que paraît « La Esperantisto », le premier journal en Langue Internationale. (..) Plus de 60% des abonnés de « La Esperantisto » sont russes en 1895. Aux graves difficultés financières qu’il connaît s’ajoute l’interdiction d’entrée sur le territoire russe. Elle pourrait être fatale aussi à la Langue Internationale. Léon Tolstoï (..) devenu un grand ami de l’Esperanto après l’avoir étudié, (…) n’est pas en odeur de sainteté auprès du pouvoir tsariste. (..) Un étudiant de l’université d’Uppsala et un directeur d’institut vinicole d’Odessa lancent à la fin de la même année un nouveau journal, « Lingvo Internacia », pour sauver la langue.
Les initiatives accélèrent la progression de l’Espéranto ; en Suisse, Hélène Giroud est en 1895 la première femme aveugle au monde à l’apprendre puis à l’enseigner. Alice Roux, 28 ans, professeur d’Allemand est la première femme à l’apprendre en France et le faisant découvrir en 1896 à un lycéen de Louhans, Gabriel Chavet, celui-ci fonde le premier club d’espéranto de France, l’un des six premiers au monde. La « Lingvo Internacia » édité en Suède depuis 1895, est transféré en 1904 à Paris. La langue se s’étend au Canada en 1901, Algérie, Chili, Japon, Malte, Mexique et Pérou en 1903, Tunisie en 1904, Australie, Etats-Unis, Guinée, Indochine, Nouvelle Zélande, Tonkin et Uruguay en 1905, et ainsi de suite.
En 1905, un premier rassemblement de nationalités différentes a lieu à Boulogne sur Mer avec l’Espéranto comme seule langue commune. C’est l’année où sont édictées l’ensemble des principes intangibles qui garantissent la stabilité et l’évolution de la langue, et l’année de la création du Comité Linguistique qui constitue la première étape vers la fondation de l’Académie d’Espéranto, en 1908.
La guerre de 1914-1917 éclate, parmi l’Espéranto va contribuer à la communication entre de nombreux prisonniers de guerre détenus en Sibérie notamment.
Alors que l’Espéranto est enseigné à 20 000 élèves par 630 enseignants, en Allemagne en 1922, que la France s’oppose farouchement à la proposition de la reconnaître comme langue admise aux Nations Unies, à être enseignée dans les écoles, Hitler stigmatise l’Espéranto dans un discours à Munich (évidemment !). Edouard Herriot lève l’interdiction en 1924, et 42 savants de l’Académie des Sciences émettent la même année un vœu en faveur de son enseignement en tant que « chef d’œuvre de logique et de simplicité » .
A Kassel, en 1923, se tient sous la présidence d’honneur d’Albert Einstein le III° congrès de l’Association Mondiale Anationale (SAT), organisation à caractère socio-culturel et à vocation émancipatrice fondée à Prague en 1921 et dont la langue de travail est l’espéranto.
L’Espéranto va connaître à la fois un essor et un engouement formidable et des interdictions et même des persécutions au fur et à mesure que progresse la gangrène totalitaire et nazie qui gagnent l’Europe ( en 1933 en Allemagne, et lors des purges staliniennes).
En 1946, l’Espéranto est relancé lors d’un congrès international de l’Education Nouvelle, qui se tient à Paris.
« La Déclaration sur l’espérantisme » « L’espérantisme est l’effort pour répandre dans le monde entier l’usage d’une langue humaine neutre qui , sans s’immiscer dans les affaires intérieures des peuples et sans viser le moins du monde à éliminer les langues nationales existantes, donnerait aux hommes des diverses nations la possibilité de se comprendre ; qui pourrait servir de langue de conciliation au sein des institutions des pays où diverses nationalités sont en conflit linguistique ; et dans laquelle pourraient être publiées les œuvres qui ont un égal intérêt pour tous les peuples. Toute autre idée ou aspiration que tel ou tel espérantiste associe à l’espérantisme est son affaire purement privée, dont l’espérantisme n’est pas responsable. »
« Le cheminement d’une Idée » « L’aspiration à une langue « intermédiaire » remonte au prophète Zefaniah, 2000 ans avant J.C. Le premier essai vaguement connu de création d’un langage universel nous ramène au II° siècle . Précurseur dans le domaine de l’expérimentation médicale, Galien construit un système de signes dont il ne reste pour traces que quelques notes historiques. Dix siècles s’écoulent ensuite sans événement notable dans ce domaine jusqu’à ce que l’abbesse Hildegarde de Bingen élabore un système universel de langue écrite et parlée par elle seule. Un autre saut dans le temps nous conduit quatre siècles plus tard, au XVI° siècle, à la reconnaissance de la nécessité d’une langue commune pour tous les peuples par l’humaniste espagnol Vivès alors que le latin ne joue ce rôle que pour les privilégiés du savoir. Quelques principes de base pour une telle langue sont formulés au XVII° siècle, entre autres par Comenius, humaniste et père de la pédagogie moderne, les tentatives se multiplient désormais dans diverses directions. Une floraison de langues artificielles apparaît au XIX° siècle avec un semblant de succès à partir de 1827 pour le langage musical « Solrésol » de Jean-François Sudre, et une percée aussi spectaculaire qu’éphémère pour le « Volapük » du prêtre allemand Johann Martin Schleyer à partir de 1879. La langue que l’on appellera plus tard « espéranto » apparaît en 1887 au moment où le volapük, qui a bénéficié d’une propagande que l’on dirait aujourd’hui « à l’américaine », amorce son déclin. Le volapük, laisse derrière lui l’idée d’un fiasco ; son nom entre dans le vocabulaire avec une nuance péjorative. Plus de 600 propositions infructueuses se sont échelonnées du II° au XX° siècle, de plus en plus nombreuses et rapprochées dans les trois derniers siècles. Cette longue série d’échecs est à l’origine du préjugé selon lequel il s’agit là d’un projet irréalisable, d’une utopie. Ce n’est là, en quelques lignes, qu’un survol à grande vitesse de l’histoire plus que millénaire d’un rêve dont la concrétisation n’a commencé qu’en 1887 avec la seule langue construite pour ce rôle et devenue vivante : l’espéranto. »
Sa structure
L’Espéranto est construit essentiellement à partir de racines latines, et n’utilise que le passé, le présent, et le futur (comme en hébreu !).
Aujourd’hui, l’Espéranto est pratiqué au sein d’associations de convaincus et d’amoureux. Il est une langue optionnelle dans les universités hongroises, et l’UNESCO a pris deux résolutions en sa faveur. En France 6000 locuteurs sont recensés. Son fondement qui était celui de la fraternité par une langue commune était l’idée d’un juif qui dit un jour, qu’il n’y aurait pas songé s’il ne l’avait pas été.
Le Musée de L’Espéranto existe et se situe à GRAY en Haute Saône.

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