Colloque scientifique d’Universitaires et de chercheurs spécialistes de Rachi (2005)
L’Exegèse de Rachi sur les Té’amim
Par Pr David Banon, Université Marc Bloch de Strasbourg.
dimanche 17 juillet 2005.
"Trace d’une oralité première - Modalité du fonctionnement du texte biblique, ce système d’accents dégage des segments conduisant le lecteur sur la route du sens."
"L’Exégèse de Rachi sur les Té’amim"
par David Banon, Professeur à l’Université Marc Bloch de Strasbourg.
1) Dans ce magma consonnantique, la ponctuation le Pasouq [1] combiné aux Té’amim [2] modulent en donnant un rythme et un rendement maximal à la lecture - la Miqra .
Trace d’une oralité première - Modalité du fonctionnement du texte biblique, ce système d’accents dégage des segments conduisant le lecteur sur la route du sens.
Le Ta’am, ce qui donne de la saveur et du sens. Les Té’amim, la seule grammaire, le seul sens du texte, codifié, "Gustem en Rythmum".
Valeur de syntaxie ou de désyntaxie, les Té’amim valorisent tel ou tel mot, ils n’ornent pas ; il ne faut pas se laisser abuser par la cantilation.
2) Ce système est ancien, du V° av l’ère chrétienne. La lecture fut instituée par Ezra vers -448. Ces modalités de lecture sont tombées en désuétude et ont été ensuite réactivées. Une unité de lecture commune et reconnue au temps d’Ezra. Le sens et la compréhension sont tributaires des Té’amim, qui invalident la thèse d’une invention du IX° siècle.
3) En 1925, Rosensweig et Buber ont traduit la Bible, ils ont perçu les Té’amim, mais Henri Meshonik a mieux su restituer le sens. Il présente Rachi comme un commentateur et non un linguiste, et fait des remarques sur les mots et les accents de nature discriminatoires. Voir ce qui est dit par Rachi à propos de la Manne (Medbidbar 11-8). "Elle avait le goût d’une pâtisserie à l’huile".
Rachi traduit par : "sève à huile".
Il s’agit d’un substantif et non d’un adjectif. C’est "sève d’huile" et non "sève grasse".
"Commenter et traduire à contre rythme c’est commenter à contre sens." [3]
"Tout phénomène n’apparaît qu’en pleine lumière", c’est toute l’oeuvre de Rachi" ; la mise en lumière.
Ainsi un autre exemple : " Le sanctuaire sanctifié par tes mains". l’accent est dysjonctif. Rachi suggère que le monothéisme serait ébréché si l’accent n’était pas respecté, car cela donnerait : " Le sanctuaire de Dieu sanctifié par tes mains."
A propos du char d’Ezéchiel, (Ezéchiel chap 11) : Rachi dit : " Si je n’avais pas vu l’accent sur "..et leurs visages.." je n’aurais pas pu expliciter ce verset. Pour enseigner que les ailes ne se déployaient pas à partir du visage mais servaient à le couvrir. Cette explication vient "émousser" l’aspect fantastique de ce texte mais en révèle le "sens obvie".
Si on n’est pas attentif à l’accent, on risque de faire un "mélire" du texte biblique ou de "mécomprendre".
Pour cela il a fallu à Rachi toutes les compétences d’un sémioticien et d’un sémanticien. N’en déplaise à ceux qui ne veulent voir en Rachi qu’un commentateur.
[1] Ponctuation de fin de phrase dans le texte.
[2] Solfège de la lecture biblique. Se prononce Ta’amim.
[3] David Banon
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