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"Je vous livre ma perspective des choses :" "Le Sionisme - Un mouvement national visant à réunir les Juifs pour la création de l’Etat, et qui a abouti à la création de l’Etat d’Israël. Théodor Herzl avait des objectifs politiques mais pas culturels. C’est quand les vagues d’immigrés sont arrivés, ils ont voulu donner, créer un "Homme juif nouveau". Le mouvement religieux était en minorité. Il fallait donner au mouvement politique un contenu culturel : Kibbutz, Implantations, Penseurs... Cette idée était la naissance d’un "Juif Nouveau" , car la Diaspora était une situation d’exil, une situation anormale [1]. Chez les Juifs de façon anormale, la partie intellectuelle s’était aggrandie, et dans une perspective marxiste la partie ouvrière n’existait pas. On développe l’idée selon laquelle un Juif diasporique est un faible, qu’il est vulnérable, versé dans les livres, trop intellectuel. Ce que l’on va créer : un Juif différent que le Pionnier régénère par le travail de la terre, le paysan enraciné, un homme fort, courageux, qui va constituer une alternative.
Dans le Paysan Soldat , il y a une négation de la Diaspora selon l’idée Sioniste. Il faut vaincre la terre hostile, et l’environnement hostile.
Ils créent une religion civile : - fêtes agricoles et des saisons, - mythes de bravoure suivant lesquels on met l’accent sur la Fête des Maccabées [2], le siège de Massada [3], Tel Haï...
Il y a eu les vagues d’immigrés au XIX° s vers la Palestine, fuyant les pogroms de Russie, le rachat des terres par Rothschild, le Livre Blanc en 1917, la décision des anglais d’entrer en Palestine...
1939 - A la veille de la Shoah, le contraste entre le Ychouv [4] et le Judaïsme de la Shoah est frappant.
Parmi les historiens, il y a une grande controverse autour de l’attitude du Ychouv envers la Shoah. Le Ychouv aurait-il pu faire davantage ? Etait-il assez sensibilisé à ce qui se passait ?
C’est vrai que par certains côtés, des dispositions d’esprit en Israël, ont été gêné par l’immensité du drame qui se déroulait.
Comment comprendre ce qui se passe en Europe ? Quand on développe la culture de la riposte du petit nombre face au nombre des arabes hostiles. L’histoire de Hannah Senesh, qui vint en Europe de Palestine, pour sauver des Juifs, elle fut parachutée, arrêtée et exécutée. Cette histoire a travaillé les historiens. Quelques historiens, dont Edith Zertal disent : "La direction du Ychouv n’était pas intéressée par les Juifs d’Europe, il fallait créer l’Etat au plus vite, tout était concentré là dessus." Je ne suis pas d’accord du tout. Le fait de vouloir un Etat juif n’était pas de négliger les victimes de la Shoah.
Il y a la question controversée de l’accueil des réfugiés des camps qui arrivent, et qui n’auraient pas été accueillis par les Sabras [5] comme ils auraient dû l’être. Cette société pionnière, laïque, n’était peut-être pas capable de saisir ce que les rescapés avaient vécu. "On ne les a pas laisser parler." Quand les parents parlaient en Yiddish, on leur demandait de parler en hébreu.
Haïm Gouri [6] est très typique parmi les jeunes Sabras, il est de ceux qui ont été au centre de l’aventure, il est parti en Europe aider à l’immigration des rescapés de la Shoah. Il a toujours dit : " C’était un mythe de penser qu’il n’y a pas un accueil des rescapés. Les jeunes ne savaient pas comment aborder cette question, ils pensaient qu’il valait mieux se taire."
L’Etat d’Israël est créé en 1948. Que fait-il ? La lecture des nombreux débats qui se déroulent à la Knesset témoignent que les parlementaires ne savaient pas quoi faire, et avec qui faire ? Quoi en faire ? Comment concilier cette Shoah et la Gvoura [7] ? Au bout de quelques années, dans les années 1950, les parlementaires décident d’un Jour de deuil national, puis ce jour devint chômé, ensuite on y ajouta la sonnerie qui immobilise le pays pendant une minute. A cette époque, le sujet de la Shoah nétait pas au centre de la vie israélienne, il faut faire face au danger de guerre, face aux vagues de l’immigration juive des pays arabes, dont les nouveaux venus sont placés dans des camps provisoires. Les problèmes sont nombreux. Même l’assassinat en Israël de Katzner, l’un des Présidents de la communauté juive de Hongrie, soupçonné d’avoir collaboré avec les Allemands et assassiné par des gens qui croyaient à sa culpabilité, n’a pas déclenché de remous dans la société israélienne.
Ce qui change tout, c’est le Procès Eichmann.
C’est le Procès du nazisme, de l’extermination du Peuple Juif. Ce procès est une réussite pédagogique.
Les Sabras et les Kibbutzim, ces jeunes qui pensaient laïque, prennent conscience que des frères avaient vécu autre chose, ils ont ouvert les yeux. Après 1961, La Shoah passe de la périphérie, au centre de l’identité israélienne, renforcée par la Guerre des Six Jours particulièrement traversée par une angoisse (de destruction)(...).
Comment transmettre à la jeunesse cette centralité ? Il n’y aura plus de rescapés. Au-delà du livre scolaire et des outils pédagogiques, il y a aussi les voyages des jeunes à Auschwitz. Certains pensent qu’il ne faut pas mettre les pieds en Pologne, ni leur donner un sou, certains pensent au traumatisme de voir les chambres à gaz.
Cependant, Les voyages se préparent au préalable, s’organisent et s’étendent à toute la population scolaire, même s’ils restent facultatifs [8], ils deviennent une étape importante de la prise de conscience juive et identitaire. Le jeune revient plus mûr.
Ne pas banaliser la Shoah, ni l’instrumentaliser. C’est notre position. Certains politiciens ne se sont-ils pas servis de la Shoah ? Beguin disait de Arafat qu’il était un nouvel Hitler. Si vous ne voulez pas que des gens dans le monde, banalise la Shoah, il ne faut pas faire des amalgames entre le Hamas, Assad ou celui-ci ou celui-là, comme étant de nouveaux Hitler ou un nouveau nazisme.
Les autre Génocides : Les jeunes israéliens sont-ils conscients qu’il y a eu d’autres génocides ? La polarisation unique ne provoque pas chez lui une méconnaissance de l’altérité des génocides. Ils ont des leçons qui abordent les autres génocides. A la fête de Hannouccah, certaines écoles allument une neuvième bougie correspondant au 7ème million de morts en référence aux génocides arménien, biafrais, rwandais (...).
Il n’y a pas Une réponse monocono.
Je pense que le Ychouv de l’époque ne pouvait pas faire davantage. Dans l’Israël d’aujourd’hui, toutes les opinions divergentes peuvent s’exprimer et débattre.
Le nouveau Yad Vashem [9] tient compte de ce pluralisme d’idées. Comment répondrons-nous à nos enfants, à propos de la Shoah et du génocide des Arméniens ? Y-a-t-il égalité des génocides ? Universalisme et particularisme ?
La Shoah est une spécificité européenne, et marque l’Europe, en cela il y a prévalence de la Shoah.
Intervention de Nassima Bougherara : "- Il y a un temps d’élaboration du deuil des crimes en Allemagne et en Algérie. On est beaucoup plus frileux par rapport au Régime de Vichy."
"Le rôle des témoins a été fondamentale dans les visites des camps, et dans la transmission. On va passer de "L’ère du témoin à l’ère du souvenir", selon la formule de Annette Wieviorka.
A la guerre des Six Jours en 1967, il y a eu réminiscence entre le sentiment d’encerclement du ghetto et l’encerclement d’Israël par les armées arabes.
N’y-a-t-il pas danger de déligitimisation d’Israël ? "Israël est une société libre et démocratique, tout le monde peut dire n’importe quoi. Il n’y a pas de vaches sacrées.


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