"La colère est un plat qui se mange froid !"
Pour un "Projet éducatif citoyen" au Baccalauréat.
samedi 22 avril 2006.
"Des jeunes gens antisémites, ça existe donc, cela ? Des cerveaux neufs, des âmes neuves que cet imbécile poison, l’antisémitisme, a déjà déséquilibrés ? Quelle tristesse, quelle inquiétude, pour le XX° siècle qui va s’ouvrir." (Emile Zola, pendant l’Affaire Dreyfus)
Je suis choquée de constater que désormais nos enfants risquent chaque jour d’être insultés, battus, agressés de ces petites "incivilités" quotidiennes, de ces "petits" chahuts de récréation qui empoisonnent la vie, les relations d’amitié, la connaissance et le respect de l’autre, la confiance dans le fonctionnement de notre société française.
Je suis choquée de constater combien l’honnêteté des mots écorche celle de ceux qui ne veulent pas ni parfois ne peuvent (par idéologie, par angélisme, par ignorance,) parler d’antisémitisme, et même d’antijudaïsme primaire, mais plus volontiers d’un anti-sionisme bon teint.
Je suis encore choquée d’entendre, et de lire, de-ci, de-là, que lorsqu’il s’agit d’agression des Juifs, il y a deux poids deux mesures dans le traitement de l’information et même de la Justice. Oui, les motifs racistes et antisémites sont des faits aggravants au regard de la Justice et de la simple morale. Oui, le racisme et l’antisémitisme sont une gangrène qui menacent la société civile et la République, aucun crime ordinaire n’a ce pouvoir. Que les manipulateurs de tous poils s’étouffent de leurs propos abjects !
Qui répondra à cette question simple ? "- Comment une certaine France est-elle parvenue à ne pas supporter la vue d’un Juif reconnu comme tel dans la rue ou à l’école, à ne supporter ni la vue, ni le voisinage d’un Arabe ni celui d’un Noir, à ne pas supporter la vue ni la proximité avec un handicapé ? Comment avons-nous été obligés de légiférer pour qu’un CV soit anonyme ? A chaque cas de figure, la langue peut trouver un mot approprié.
Ce tableau se joue en France. Il n’est plus temps pour la République de baîllonner les identités, de les habiller à sa convenance, et de croire que le nivellement culturel et centralisateur assure l’égalité et la fraternité.
Comme le paysage français a dû accoucher des Temples protestants et des synagogues en leur temps, il doit accoucher des mosquées et des Temples boudhistes.
L’école a le devoir absolu de la connaissance de l’Autre, et non pas le devoir croit-elle, d’ignorer les identités pour le bon maintien de l’ordre et le respect de chacun. L’école encore, a ce devoir de former les esprits à la critique, au débat d’idées serein, au militantisme, à la citoyenneté. En France, à l’école, un enfant n’a que le droit de se taire. Quand débat-il ? quand se forme-t-il à sa place dans la société ? Quand apprend—t-il à être un citoyen responsable ? Fait-il le lien entre le cours sur les Lumières et lui même ? Ne pourrait-on pas imaginer un "Projet éducatif citoyen"
, valorisé par un bonus au Baccalauréat ?
Sur la scène du monde. Je rêverais aujourd’hui d’une France qui aurait la rage de vaincre toutes les anti-Lumières que chaque génération génère, qui aurait la posture de défendre ses idées fondatrices à l’écoute de ceux parmi les citoyens, qui l’ont toujours respectée…et aimée. Avec le respect de l’Autre, discerner l’amour de son pays. Apprendre cet amour, c’est aussi l’enseigner par les Lumières, dans NOS écoles, avec une vision militante de ce qu’elles doivent apporter à Notre société.
Et apprendre à défendre ces valeurs fondamentales de notre société occidentale, judéo-chrétiennes comme on dit, multi-culturelles comme on voudrait pouvoir dire, des valeurs dont il n’y a aucune honte, aucune culpabilité à en être les fiers détenteurs. Le schéma d’une société égalitaire, démocratique, humaniste demeure une valeur sûre dans les relations humaines. Ne le laissons pas s’ébrécher des fautes historiques qu’un Occident des Lumières a commis et qu’il assume progressivement, mais sincèrement.
Ne le jetons pas en pâture aux anti-Lumières qui ont tous abouti aux génocides de notre temps. La menace suprême.
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