- 14 ième conférence du colloque -
"La culture ashkénaze des 11°-12° siècles et les sciences profanes : interrogations autour d’une acculturation qui n’a pas eu lieu."
Par Gad Freudenthal, Directeur de recherche au CNRS.
Un phénomène d’acculturation se produit dans l’Italie du nord vers 1140 et en Provence dans la 2ième moitié du XII° siècle, excluant Tsarfat [1], la France du nord.
La culture gréco-arabe ne perce pas, les Tossafot [2] sont réfractaires à Maïmonide ; le Judaïsme tente des réticences et des acculturation venus de l’étranger. Il y a problème d’Autorité. Les Tossafistes se sont désintéressés de la science.
Les communautés sont toutefois toutes "talmudo-centristes".
Pourquoi l’Italie du nord et la Provence s’ouvrent-elles et pas la France du nord ?
Ibn Ezra issu de la tradition judéo-arabe a proposé des travaux qui intéressent directement le judaïsme en Italie : grammaire, calendrier, tables astronomiques, l’Astronomie, l’Exégèse biblique ... C’est le caractère hébréo-centrique qui a éveillé l’intérêt italien ; Ibn Ezra est venu compléter et non pas menacer.
Ibn Ezra avait des échanges avec les Tossafistes de la France du nord mais il fallait avoir la source de l’Autorité.
A Lunel, Yehouda Ben Tibbon - traducteur - qui a publié de nombreux ouvrages, entreprit un phénomène d’acculturation. 1161 - "Le devoir du coeur" de Ibn Pakuda, ce premier traité porte sur "L’Unité de D.." Le Kuzari -
L’origine du mouvement de traduction se trouve d’ordre religieux et non philosophique ; les travaux de traduction répondaient à la demande d’ouvrages religieux.
A Lunel, s’opère les outils de transfert du savoir judéo-arabe en hébreu.
Les Tossafistes étaient réfractaires, mais à Lunel on n’était pas moins talmudistes. L’isolement ne constitue pas une justification car la France du nord n’était pas coupée du sud, les contacts et les échanges existaient.
Prémices d’écrits non religieux à partir du latin et non de l’arabe. Pourquoi la philosophie rationaliste ne s’est-elle pas appropriée des textes judéo-arabes ? Quelle barrière culturelle ? Quelques réponses ? Deux pistes : 1) le Code Alfassi (du Rif) était connu en Ashkénaze [3], mais on ne l’utilise guère, alors qu’en Provence il est capital.
La réticence tient à l’absence d’érudits séfarades [4] dans le nord de la France. Les rabbins du nord tiennent les écrits allégoriques de Maïmonide comme hérétiques ; car cela suppose les sciences comme justification.
La lecture littérale voit céder la place à la lecture philosophique selon Maïmonide et ne peut l’être avec l’allégorie.
En Provence, il y eut toujours une présence judéo-arabe, avec un enseignement oral accompagnant les textes qui auraient été hérétiques. Les rabbins du nord n’ont pas eu accès à cet enseignement oral qui leur faisait défaut, et qui leur paraissait inacceptable.
Ce dont on déduit que le transfert du Maître à l’élève est fondamental.


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