La singularité du patronyme "Juif"
Article de Henri-Claude Bloch
mercredi 21 février 2007.
Pour tout Juif, le patronyme "Juif" est une énigme car il ne s’explique ni par un nom de lieu, ni par une transcription d’une langue à l’autre, ni par une vertu, ni un handicap physique, ni une filiation. Il est le témoignage d’un certain ostracisme qui a gommé avec le nom d’origine, précisément la filiation et la mémoire, mais marqué des individus pour les générations. Qui en aurait décidé ainsi et pour tous les individus issus d’un même événement historique ? Si le mécanisme est connu, toutes les questions n’ont pas encore leurs réponses.
Les Origines du Patronyme "JUIF"
(L’origine du nom "Juif" dans les Vosges Saônoises, la région de Servences et la Haute vallée de l’Ognon - départements de la Haute-Saône, des Vosges et du Doubs.)
Ce ne sont pas des Marranes car aucune pratique, même à l’état de souvenir, n’a été transmise dans ces familles. Néanmoins, certaines familles n’ignorent pas qu’elles descendent de Juifs déportés dans ces régions.
Déportés comment et pourquoi ?
Après l’épidémie de la "Peste Noire" qui décima un tiers des habitants de France et d’Europe, les Juifs avaient été accusés d’être ceux qui avaient provoqué cette maladie par l’empoisonnement des puits et des sources. Un peu partout, sous la pression des populations et par intérêt, le Roi et les Ducs décidèrent la confiscation des biens et l’expulsion des Juifs de France. Nous avons alors la surprise de découvrir que les Juifs du Comté de Bougogne ne furent pas tous, en 1347, reconduits à la frontière de la Saône mais déportés dans les régions sauvages et peu habitées des premiers contreforts des Vosges.
Une première étude [1] faite par Léon Gauthier au 19° siècle parle effectivement de ces chrétiens appelés "Juifs"…
D’après lui, certaines familles n’ignorent pas leurs origines : Un docteur, Marie Paul Juif (connu de l’historien), occuliste à Bône en Algérie et catholique ne mettait pas en doute ses origines juives, car il était natif de la haute vallée de l’Ognon.
Au 19° siècle, le recteur de l’Académie de l’abbaye des Citeaux et un notaire de Dijon étaient également notés comme descendants des Juifs de cette région.
Monsieur Desgranges, historien de la ville de Luxeuil (Haute-Saône) avec qui je me suis entretenu voici quelques mois, me disait que plusieurs dizaines de personnes portaient ce nom dans la régon Franche-Comté, Vosges. Les annuaires du téléphone de ces départements (Doubs, Vosges, Haute-Saône) sont d’intéressantes sources de renseignements : On y trouve 4 "Juif" à Servences en Haute-Saône ; 5 "Juif" à Lure, 4 "Juif" à Saint-Barthélémy, etc…
Voilà 500 ans que des familles juives démunies de tout et dépouillées furent abandonnées dans ces régions froides et arides. En quelques générations, ces familles n’ayant que très peu de rapport avec l’extérieur, perdirent jusqu’au souvenir ou presque de leur religion, de leur origine et s’assimilèrent rapidement au reste de la population.
Néanmoins, les habitants ne les connaissaient que sous le sobriquet de "Juif" qui devint par la suite leur nom, leur patronyme. A cette époque le Duché et le Comté de Bourgogne avaient le même souverain, Eudes IV.
Je crois qu’il serait intéressant de visiter ces familles et de leur poser certaines questions afin de connaître les souvenirs qu’ils auraient de leurs origines.
Henri-Claude Bloch (adhérent n°115).
Henri-Claude Bloch est également l’auteur de "Histoire des Juifs bourguignons", éd. Erem.Dijon.
[1] Léon Gauthier, historien de la Bourgogne, est l’auteur du livre "Juifs dans les deux Bourgognes".
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Nadia Darmon.H
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