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"C’est l’histoire d’un amour trahi, entre le Peuple Polonais et le Peuple Juif. C’est l’histoire d’un amour déçu ; les Juifs amoureux fous de la France vont être déçus.
C’est aussi mon histoire personnelle, de ma famille qui venue de Gorlice, habitait 51, rue de Paradis à Paris dans le 10° arr. Voyez cette photo, ma mère, mes deux soeurs, moi sur les genoux de ma mère, sur un banc, une famille ordinaire sauf qu’elles portent une étoile sauf moi, j’ai moins de six ans [1].
Je n’ai connu Gorlice qu’en 1957, j’ai enfin connu de quoi parlaient mes parents ; j’avais vécu à Paris, avec Gorlice dans ma tête. A table, pendant les fêtes, à la maison tout nous parlait de Gorlice. A Paris, que ce soit rue de Turenne, rue du faubourg Poissonnière, rue de Paradis, nous y respirions la Pologne. La Pologne vivait à Paris.
En Pologne :
Il y avait un triangle d’or : Lublin, Cracovie, Voligny (en Galicie), où chaque petit village était habité de 50% minimum d’une population juive. Le seul village de Pologne sans église : Izbiza.
Les gens pensent communément que les Juifs sont pieux, qu’ils chantent et dansent. Les Juifs de Pologne composent la Communauté juive la plus importante au monde.
Il sont composés d’un riche panel de tendances et d’obédiences :
les Orthopraxes - les Hassidim - Les tendances sionistes - le Bund (marxiste) -
Ils vivent en autonomie, des représentants figurent au Parlement Polonais, ils vivent en autarcie, et ne sont pas égaux en droits avec les autres polonais. Tout alors, est dirigé par le Rabbin que tout le monde va consulter pour tous les sujets de la vie.
C’est le grand Roi Casimir qui accueillit les Juifs et leur donna pour fonction celle de collecter les impôts. Un jeu de mot avec le mot Pologne, fait de Po-lin, le mot Po-lan-yah : "Ici, habite Dieu !" Mais l’antijudaïsme chrétien veille à ne pas laisser en paix les Juifs en Pologne, pogroms et accusations de meurtres rituels en sont les expressions les plus violentes. A Sandomirch, un mois avant Pessah [2], on dit aux enfants de ne pas trainer autour des maisons juives. On dit aux gens, "- vous ne croyez quand même pas à ces balivernes ?" "- Non, bien sûr, on n’y croit pas, mais on se sait jamais !.."
Les mouvements de pensée étaient nombreux, parmi les principaux :
1) Le Hassidisme : Un mouvement social et piétiste. Lire à cet égard Martin Buber - Une des préoccupations étant de savoir "Qui allait être assis à côté de LUI au paradis !", la littérature hassidique revient là-dessus sans cesse, illustrant par d’innombrables histoires. L’importance des Kavanoth (des intentions) prime dans le hassidisme. Il faut étudier. Chacun sait à quel grand Rav il est rattaché, par son origine familiale, moi par exemple je suis lié au Rav Bobov, lui même lié au Rav ZansK.
Le Rabbi Nachman de Bratslav, [3] considéra Bonaparte comme le Messie, on disait que si le Rabbi rencontrait Bonaparte, le Messie arriverait, car "Il y avait une étincelle divine dans la Marseillaise !" C’est aussi cela, les Lumières de la France : l’émancipation des Juifs, l’égalité.
2) Le Bund : Un mouvement social marxiste, le mouvement qui rassemble la majorité des Juifs, composé de 1/3 de sionistes, 1/3 de communistes et de Bundistes. Toutes les familles sont divisées. Pourquoi le Bund ? 80% de la population sont des prolétaires, travaillent en usine, ou sont artisans. Le Bund forme des bandes de Juifs chargés de protéger les Juifs démunis et menacés de pogroms ou d’agressions antijuives de toutes sortes. Les manifestations du Bund mobilisent des milliers d’hommes, même face aux Cosaques ou face à la Police polonaise qui chargent. Le Bund assure une Education culturelle, joue un rôle social, révolutionnaire et communiste auprès de la population juive.
L’engouement pour le Bund était tel, que "Mon oncle portait un parapluie à Paris, lorsqu’il pleuvait à Moscou !" Un vrai communiste.
3) Le Mouvement Sioniste : Notre indépendance (celle d’Israël) commence en Pologne, les Juifs vivaient dans leur tête en Israël. Sur les 17 députés juifs au Parlement Polonais, qui siégeaient en tant que Juifs, il y avait 1/3 de Sionistes, 1/3 de Bundistes, 1/3 de Hassidim. Imaginez-les venant au Parlement avec leur Streimel [4], leur redingote, et leur payess [5]. C’était le Judaïsme, la société juive en Pologne avant guerre, aujourd’hui, il n’y a rien en Pologne…il y a des ruines, des ruines…"
La gorge de Shlomo Balsam s’est nouée, il réprime quelque montée de larmes qui le submerge, et poursuit :
"Aujourd’hui des Polonais collectionnent des figurines de Juifs polonais en bois et reconstituent la vie juive polonaise sur des étagères de leur cuisine (j’ai vu cela par exemple chez un curé d’un village habité autrefois par des Juifs). Il y a plus de Juifs en bois, sur les étagères en Pologne que de Juifs vivants.
En France :
Pendant la guerre, il y eut 1000 lettres de dénonciation par jour dans la seule ville de Paris. Paris s’éteint…naît alors un Paris mesquin. Marc Chagall écrivit : "J’ai cherché à Paris la couleur bleue." Une exposition Haïm Soutine se tenait alors à Paris. Dénoncé, Soutine va être poursuivi par la Police française et la Gestapo.
Haïm Soutine s’est caché, il est poursuivi, déclaré Juif et espion par les français ! Car il a été dénoncé pour espionnage, dans un village où un collaborateur l’a vu peindre. Malade, il va mourir. L’ami qui le cache, fait venir une ambulance qui va le ramener à Paris. Il meurt pendant l’opération. Il est enterré à la sauvette, avec le nom de Madame Laguierre. Quatre personnes assistent aux funérailles dont Max Jacob, Picasso..madame Laguierre. La tombe de Haïm Soutine est dissimulée sous le nom de Madame Laguierre, au cimetière Montparnasse [6]. Une plaque a été déposée depuis lors.
En 1919, il y eut une vague de pogroms en Ukraine, commandés par Simon Petlioura. Celui-ci viendra se réfugier à Paris, au 26 rue Marine. Un Juif ukrainien, Schwarbad, vint à passer, le croise et le reconnaît, il le tue en criant : "J’ai tué un assassin." Il sera acquitté, soutenu par Maurice Thorez, Anne de Noailles, le Pr.Langevin, Léon Trotzki, qui témoignent au Procès en 1925. Les Communautés juives écrivent deux mots : "Merci la France !"
C’était ça aussi, la France !"


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