Accéder au sommaire du séminaire. "Notes prises lors du Séminaire Yad Layeled de Février 2006".
"L’UGIF a la mauvaise réputation d’un organisme forcé, soumis au diktat des nazis.
Il fallait de faux papiers à partir de l’âge de 16 ans, et des fausses cartes d’alimentation avant 16 ans.
Il y a le Comité de la rue Amelot à Paris, où venaient les Juifs réfugiés, chercher un secours. Il y avait les dispensaires de l’OSE [1] où on pouvait se faire soigner.
En 1943, les fêtes de Pessah [2] sont célébrées aux Eclaireurs Israélites de France ou à l’OSE. Ce maintien de la vie juive à tout prix dans les cantines, c’est aussi de la Résistance.
D’où vient l’argent de ces organisations , OSE ou EI ? Généralement du Joint américain [3], mais le Joint ne pouvait pas introduire d’argent directement en France car "aucun argent américain n’entrait en pays occupés." Aussi le Joint s’installe en Suisse et passe des accords avec des banques suisses, c’est Mayer qui négocie les sommes redistribuées. L’argent passe ensuite les frontières de manière artisanale vers la France.
Le Joint imagine des "accords de Cliring" à Marseille ; des convoyeurs non-juifs de la zone sud vers la zone nord de la France. Le principe était le suivant : On allait voir des israélites français bien nantis, et on leur disait : "Vous serez remboursés, prêtez-nous de l’argent !" c’était du porte à porte. C’étaient de véritables prêts qui furent honorés après la guerre.
Il y avait trois bureaux : un à Marseille, un en Suisse, un à Lisbonne.
La Reconstruction :
Ces oeuvres juives qui ont sauvé des enfants sans difficultés, retrouvent ces enfants après la guerre.
L’OSE prend en charge les petits jusqu’à l’âge de 15 ans, Les EI prennent en charge les adolescents plus agés. C’est eux qui cherchèrent les abris dans des fermes ou des écoles, c’est eux qui les firent passer les frontières, et firent les faux papiers.
Aucun liens entre les différentes organisations, on ne note pas de réunions des chefs, mais une concomittence du passage dans la clandestinité. Ils se connaissent entre eux.
Qui va travailler dans ces centres ? les EI [4], Eclaireurs Israélites de France.
Après novembre 1942, la Gestapo est au courant. Les EI sous couvert de travail dans le cadre de l’UGIF, s’occupe de mettre les enfants dans le clandestinité. C’est de manière légale, que les EI et l’OSE vont négocier le départ des enfants, avec d’une part les parents qui doivent accepter de se séparer de leurs enfants, et d’autre part les autorités des camps d’internement français (Gurs, Rivesaltes…) Il faut ajouter à la procédure, l’autorisation du Préfet, par exemple pour la Maison de l’OSE, il s’agissait du Préfet de la Creuse. Au Centre Médico-social de l’OSE : Comment va-t-on fabriquer de faux papiers ?
Je sais qu’un(e) employé(e) de mairie fait ou peut faire de faux vrais papiers d’identité, je vais le/la voir : 1) Je lui dis : "Je sais que vous faites de faux papiers, il faut arrêter. 2) Elle n’arrête pas. 3) Quelques jours après je vais le/la voir et lui dis : "J’ai besoin de faux papiers."
On sait que le contexte est dangereux, puisqu’on essaie de sortir les enfants des camps d’internement ; 1200 enfants sont passés en Suisse, 10 000 enfants sont sauvés.
Ces enfants là étaient plutôt heureux pendant la guerre. Pour eux, la vraie guerre commence après la guerre, quand tout s’effondre, on ne leur dit pas que leurs parents ne rentreront pas. L’OSE à l’époque a 25 maisons d’enfants. Un service entier est chargé de rechercher les familles restantes, de par le monde.
Pourquoi ces oeuvres juives ont-elles voulu ouvrir ces maisons ? Pourquoi ne s’est-on pas contenté de les placer dans des maisons d’enfants laïques françaises ?
Après guerre, un Congrès eut lieu à Genève, où se réunirent des éducateurs du monde entier pour traiter des enfants victimes de la guerre. Un Juif, Isaac Pougatch intervient après avoir écouté parler des nombreux traumatismes : "En ce qui concerne les enfants Juifs, l’important est qu’ils restent Juifs." Il est traité alors de nazi.
C’est que dans l’immédiate après guerre, on dit en France que "l’on doit rentrer dans le groupe français, sans se singulariser." (Revue Esprit de 1945). C’est que c’est un silence de plomb qui tombe sur la Shoah.
Les oeuvres juives déclarent vouloir garder les enfants juifs. Sont-ils compris de l’Etat français ? L’Etat français a toujours laissé la gestion des orphelins aux institutions privées.
En revanche ce qui n’est pas compris, c’est la volonté de rechercher les enfants dispersés dans les familles et les couvents, on dénombre jusqu’à 3000 enfants qui furent placés. Les commissions de dépistage sont financées par le Joint américain.
Les couvents ne rendent pas les enfants, sauf à ceux mêmes qui les leur avaient remis. La France est secouée par quelques affaires et procès, comme l’Affaire Finaly à Grenoble.
La situation est dramatique pour les enfants : sont-ils pris, rendus ou enlevés ?
L’Etat français ne comprend plus puisque les enfants sont heureux ? que veut-on de plus ? Tous les cas de figure ont existé, on est dans des situations individuelles.
Les oeuvres juives mènent une politique, celle de l’OSE est de considérer d’abord l’intérêt de l’enfant.
Voilà que Vladimir Zand menace de s’immoler, aujourd’hui. Il a été recueilli à St Etienne, dans une famille catholique, à 14 ans il découvre qu’il est Juif. A 60 ans, il découvre qu’il a de la famille en Amérique, que cette famille américaine avait essayé de le récupérer. L’OSE avait préparé son départ vers les USA, et ce départ n’eut jamais lieu. Il accuse l’OSE de lui avoir volé son identité et sa vie. L’OSE dit avoir favorisé les départs (350) vers les familles restantes. Mais une étude montre qu’ils ont été malheureux dans les familles où ils étaient considérés comme des orphelins.
En revanche, le mérite des collectivités était de redonner une identité juive aux enfants ; ils étaient tous ensemble, avec la même histoire, et la chaleur des pairs communs. C’est ce qui a permis la réussite des collectivités.
Ce n’était pas facile de maintenir à la fois une oeuvre française laïque et de maintenir une vie juive. Le courant laïque fort de la France s’exprimait dans le règlement : "..à condition que ce ne soit pas entaché d’obscurantisme."
426 enfants reviennent de Buchenwald :
Ils arrivent à Ecouis dans l’Eure, en 1945, dans un Préventorium. Qui va s’en occuper ?
L’Etat répond les oeuvres juives,
L’OSE répond : il faut qu’ils restent Juifs,
Le Consistoire répond qu’il faut qu’ils partent pour la Palestine.
C’est le gouffre entre les éducateurs chevronnés et le vécu de ces jeunes. On les ressent comme des sauvages et des délinquants qu’il faut resocialiser. A postériori, quand on parle aujourd’hui avec certains d’entre eux, ils ne supportent pas cette image d’eux mêmes, de cette époque. Mais le regard des éducateurs d’Ecully, c’est ça.
80 d’entre eux, parmi les plus religieux partent en Israël, pour leur permettre de vivre une vie juive. On leur donne du temps, ils ont des cours de gymnastique, de français, d’hébreu, et de Talmud.

- Les bateaux de l’espoir,
- Le choix du départ pour Israël.
Ce sont de jeunes adolescents ; Se réparer, c’est travailler. L’OSE leur permet d’avoir une formation technique à l’ORT. Et l’ORT imagine des moyens et des méthodes d’apprentissage d’un métier technique.
Ils se mettent au travail, et tombent malades les uns derrière les autres. L’OSE expérimentée, ne trouve pas les réponses adéquates au début, ils ne savent pas. C’est là, que l’OSE pense à les mélanger avec les enfants cachés, mais l’osmose ne se réalise pas.
Même maintenant, il existe deux amicales des anciens.
Sur les 426, 25 choisirent de rester en France. Tous ont témoigné sauf 1, un intellectuel laïque. Les témoignages sont recueillis dans l’ouvrage de Katy Hazan. Ce récit a inspiré le film "La Maison de Nina" avec Agnès Djaoui.


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