Film "Etre sans destin" de Lajos Koltai

Mai 2006
mercredi 7 juin 2006
par Nadia Darmon.H
popularité : 5%

Film adapté du livre de Imré Kertész qui reçut le Prix Nobel de Littérature en 2002, et qui a lui-même écrit le scénario du film.

Réalisé par Lajos Koltai Avec Marcell Nagy, Péter Fancsikai, Bela Dora Film hongrois, britannique, allemand. Genre : Drame Durée : 2h 15min. Année de production : 2005 Titre original : Sorstalanság

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Gyurka est arrêté par un policier hongrois, il a 14 ans, il est conduit vers une destination inconnue : Auschwitz-Birkenau. A la libération par les américains, il fait partie des rescapés de la Shoah, cette mise en oeuvre industrielle par les nazis de l’extermination de tous les Juifs d’Europe. Gyurka va devoir se reconstruire, dans un environnement qui ne veut pas savoir, même hostile et suspicieux.

Voir le casting.

Voilà un film qui entrera certainement dans la filmographie de la Shoah, et servira de support pédagogique dans les milieux scolaires. Il pose la question de la représentation, de l’esthétisme dans la shoah, de la participation massive de la police hongroise, du retour des déportés. En Histoire ce film est conseillé en classe de Première, pour la description de l’univers concentrationnaire, en Philosophie il est conseillé pour la question de la représentation de la Shoah.

Un film à ne pas négliger, qui suscite le questionnement.

Imre Kertész, écrivain juif hongrois, né à Budapest en 1929. Déporté en 1944, à Auschwitz puis à Buchenwald.

Au retour de déportation, il est journaliste au Vilagossag de Budapest. Suite à son licenciement en 1951 (le journal est devenu un organe du Parti Communiste), il entre dans l’écriture de comédies musicales et à la traduction d’auteurs allemands comme Nietzche.

"Etre sans destin [1]" paraît en 1975. Il ne sera reconnu que dans les années 1990. Cette oeuvre est à placer au niveau de celle de Primo Levi, dans le travail de mémoire vis à vis du fonctionnement concentrationnaire.

En octobre 2002, Imré Kertész reçoit le Prix Hans Sahl, du cercle des auteurs allemands, et le Prix Nobel de littérature pour son "oeuvre qui dresse l’expérience fragile de l’individu contre l’arbitraire barbare de l’histoire" .

Ce prix a consacré pour la première fois un auteur hongrois. Il vit aujourd’hui entre Budapest et Berlin, et collabore au journal Die Zeit.


Editions 10/18

[1] Editions 10/18 en français



Commentaires

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mercredi 31 mai 2006 à 21h14, par  Nadia Darmon.H

Dialogue à la shule, dimanche matin : Nadia : "- Janine, je voulais te demander ce que tu avais pensé du film, toi qui fus déportée à Auschwitz-Birkenau ?

Janine : - Très bien, la seule chose qui m’a gênée c’est le manque d’émotions.

Nadia : - Certaines critiques disent que l’esthétisme dans l’évocation d’un camp d’extermination n’est pas opportun. Il y a aussi le problème de la joie nostalgique et même du mot bonheur que Imré Kestész utilise à la fin de son livre. Comment as-tu ressentis cela ?

Janine : - Je ne sais pas comment ça se passait chez les hommes, mais chez les femmes, lorsque nous étions enfermées pendant de longues heures dans la baraque, nous parlions, nous parlions de nourriture, de tout ce qui se mange, nous évoquions des recettes de cuisine, et ça nous faisait rêver, c’étaient des moments de plaisir. Aujourd’hui encore, on ne veut jamais manquer de pain à la maison, par exemple chez Moniek il y a toujours plein de pain, chez moi aussi. Par ailleurs, c’est vrai aussi que nous ne montrions jamais nos sentiments, ni nos émotions, nous ne voulions pas que les Allemands, ni les Kapos n’éprouvent de jouissance à nous battre. On essayait de rester de marbre. C’est peut-être ce qui transparaît dans le film. C’était notre façon de rester dignes.

Jacqueline : - Ah ! moi il m’a remué, je n’ai pas pu dormir après. François était à Buchenwald, il avait été arrêté comme résistant et pas comme juif, alors il était dans une baraque avec des non juifs, et il racontait qu’ils parlaient tous de nourriture, de charcuterie, de saucissons, et qu’eux deux, puisqu’il était avec son frère Paul, n’osaient pas même parler de nourriture de peur de se faire découvrir et dénoncés.

Nadia : - Oui, s’ils s’étaient mis à parler de carpe farcie, ils étaient foutus !

Jacqueline : - Toute la durée de leur déportation, ils ont craint de se faire reconnaître par des Juifs des autres baraques. Et comme ça, c’était déjà assez dur.

Janine : - Le film repasse à Montbéliard, j’ai dit à Moniek d’aller le voir, il faut que quelqu’un l’emmène.

Janine (17 ans) fut déportée avec sa soeur (15 ans) qui ne revint pas. Moniek du ghetto de Lodz fut déporté à Auschwitz à 30 ans. François et Paul furent déportés à Buchenwald.

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