Colloque scientifique d’Universitaires et de chercheurs spécialistes de Rachi (2005)
Rachi novateur et les réalités de son temps
Par Moché David Herr, Professeur à l’Université Hébraïque de Jérusalem.
dimanche 17 juillet 2005.
Sans tomber dans la tentation de réduire Rachi à sa dimension "féministe", ses positions et ses décisions à l’égard des femmes bouleversent tout ce que l’on croyait savoir au sujet du rapport des femmes juives avec le monde extérieur, et avec la Synagogue. Objet d’étude et de réflexion, on ne peut plus modernes.
- 10ième conférence du colloque -
"Rachi novateur et les réalités de son temps"
par Moché David Herr, Professeur à l’Université Hébraïque de Jérusalem, talmudiste et historien,
Rachi [1] a aussi composé une poésie liturgique. Le Rachbam a commenté au sens littéral sans utiliser le Talmud, cependant, c’est celui de Rachi qui eut la faveur des Chrétiens ; Rachi qui a utilisé le Talmud ! Certains commentaires se sont démodés, ils étaient écrits pour leur génération. Pas pour les écrits de Rachi restés indémodables.
Seul Rachi combine toutes les qualités qui en ont fait un indispensable par l’exactitude, la rigueur, la pédagogie, le sens, l’originalité et la prudence. Qualités qui lui ont conféré la crédibilité. Rien ne lui échappe, ni la mode féminine, ni la cuisine, ni la vigne ; il fréquentait les chrétiens, la société de son époque.
Un jour, un homme lui a apporté des gâteaux à Pessah, Rachi a dû résoudre le problème. Ce qui témoigne des rapports cordiaux qu’il entretenait avec les chrétiens.
Rachi a pris en compte son époque et n’a pas fait l’économie de l’évolution des moeurs et des idées émancipatrices de la femme notamment.
D’après l’Ecole de Mayence, le désir de la femme de se marier est plus fort que le désir de l’homme - donc la femme doit fournir les efforts pour que l’homme soit séduit et ait envie de se marier.
Pour Rachi, c’est à l’homme de faire les efforts ; car Rachi réalise mieux que personne les changements et les réalités du rôle de la femme dans la société. La femme est plus indépendante dans la société de la France du Nord, contrairement aux femmes de Babylone et d’Orient.
Dans les responsa de Rachi, les femmes jouent un rôle économique ; elles vont au marché, elles s’emploient au château, cherchent du travail à la ville, elles montent à cheval, elles étudient… Rachi à l’évocation de ces activités, ne fait aucune remarque critique à l’égard de ces femmes. Au contraire, il est permis selon Rachi, à une femme de circuler librement dans une ville dans laquelle elle est inconnue pour y aller chercher du travail, ou vaquer à des occupations "licites" (contrairement à ce qui leur est autorisé en Orient).
L’Amour Courtois apparaît à cette époque, Rachi a été influencé par l’ambiance qui s’en dégageait dans l’air du temps. Ainsi, Rachi se prononce en faveur d’une femme répudiée par son mari alors que celui-ci la repousse sous motif "qu’elle était lépreuse depuis avant le mariage". Pour Rachi, l’homme doit mériter sa femme et trouver ses qualités et ses charmes.
Rachi dit que l’on doit obliger le mari récalcitrant à fournir le Guet [2].
Rachi dit qu’on doit obliger l’homme à refuser le Lévirat [3].
Et quitte à surprendre, cent cinquante participants férus de judaïsme ont bien entendu comme moi que Rachi a écrit qu’une femme est habilitée à lire la Meggilah aux hommes, et qu’elle est habilitée à monter à la Thora à la Synagogue. Le Pr Moché David Herr a même précisé que nous savions que le Rabbi Meïr de Rothenburg l’avait mis en application, mais que nous ne le savions pas pour Rachi lui même.
Le Pr Moché David Herr a précisé également que Rachi ne s’est jamais rétracté et qu’il ne voulait pas se rétracter, mentionnant qu’il n’était pas d’accord avec ses maîtres.
C’était dans l’air du temps, et c’est grâce à Rachi que la France du Nord est devenue un Centre mondial d’Etudes bibliques.
Lors du colloque nous ne pouvions pas poser de questions, faute de temps. Je n’ai pas de réponse quant à savoir pourquoi ces décisions de Rachi ne se sont pas imposées. Elles sont néanmoins une porte ouverte à la réflexion pour nos rabbins du XXI° siècle et un sujet d’étude.
[1] 1040/1105, né à Troyes.
[2] Acte de divorce délivré par le mari dans le but de libérer son épouse. Sans le Guet et selon la loi juive, l’épouse ne peut pas se remarier, et les enfants à naître d’une autre union non légalisée par mariage, se sont pas à égalité de statut avec les enfants nés dans le cadre du mariage.
[3] Loi antique selon laquelle une veuve doit/peut épouser son beau-frère afin de donner une descendance au mari défunt. La veuve peut refuser, l’homme aussi mais le doit selon Rachi. La Loi sur le Lévirat fut supprimée par Rabbi Guershom de Mayence au X° siècle, mais fut appliquée dans les pays d’Orient de manière variable.
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