Quelques réflexions sur les commémorations de la Libération des Camps
Janvier 2005
Il semblerait enfin, que l’ampleur donnée au 60ième anniversaire de la Libération des Camps soit la marque de reconnaissance politique de la dimension singulière de la Shoah et de sa dimension Universelle. Chaque pays, chaque peuple, chaque Etre Humain peut maintenant appréhender, à peine effleurer ce que la Civilisation fut capable d’imaginer ; l’anéantissement totale de l’humanité. L’anéantissement à travers ses Juifs, ses Tziganes, ses Homosexuels, ses Handicapés de la société humaine, ses parias, ses bossus, ses coiffeurs, ses docteurs, ses musiciens, ses tailleurs et leurs mères et leurs soeurs et leurs fils et leurs filles…
Mais cette révélation, ce dévoilement de la civilisation est portée principalement, toute l’histoire cumulée, par le Peuple Juif, une Singularité historique. A ma connaissance, aucun autre peuple qui fut enfermé, persécuté, détruit, ne fut capable comme lui de privilégier l’Etude dans les ghettos misérables, de produire des Oeuvres littéraires et philosophiques, de développer des connaissances scientifiques et médicales qui contribuèrent toutes au respect et aux progrès de l’Humanité. Jamais, il ne se rendit coupable de haine gratuite et systématique. Jamais, le ghetto de Venise ou de Worms ou d’ailleurs ne fut un repère de bandits.
La leçon d’Auschwitz va bien au-delà ; nous n’avons pas fini de décanter le "Penser Auschwitz", nous devons préparer les générations qui nous suivent à ne pas se perdre.
Mon inquiétude aujourd’hui, même si ces commémorations et toutes les déclarations officielles font battre en retraite les négationistes de tous poils, mon inquiétude est de voir le monde se souvenir des Juifs anéantis, de le voir les ériger en monument commémoratif, comme une sacralisation "laïque" des sacrifices humains des sociétés primitives, suivant la définition du "bouc émissaire" sacrifié par la société, sacralisé parfois déifié, et qui ainsi règle les "problèmes" du groupe humain concerné qui retrouve sa sérénité. La sacralisation joue aussi un rôle de déculpabilité. Je n’ose pas dire que ce risque de sacralisation a un petit quelque chose de christologique. Cependant, j’entrevois la conséquence politique de voir les Juifs vivants du XXI° siècle, survivants par filiation, par héritage historique, spoliés de leur mémoire, de leur identité. Avec le risque aussi de voir les sites progressivement, se "déjudaïser".
Je ne peux m’empêcher de penser que de la même façon que les Chrétiens et les Musulmans prétendent parfois et parfois souvent, que Abraham ne fut pas Juif mais monothéiste,que l’histoire de la Ligature concerne Ismaël et non Isaac, qu’on oublie de préciser que Jésus fut Juif, que l’esplanade des Mosquées à Jérusalem est aussi et d’abord le Mont du Temple de Salomon, que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen est calquée des Dix Commandements…on lira, on entend dire déjà qu’il n’y avait pas que des Juifs à Auschwitz avec toute les airs qui accompagnent ces propos, à savoir que les "sionistes veulent récupérer aussi Auschwitz" !
A ce risque, doit répondre encore une volonté politique de clarification qui ne donne pas caution à ceux qui prétendent lutter contre l’antisémitisme par la mémoire, mais n’entendent pas reconnaître que l’histoire d’Israël est liée charnellement au Peuple Juif, aux persécutions depuis l’Empire de Rome, à l’Inquisition, aux Temps des Croisades et de la Peste Noire, aux Pogroms d’Allemagne, de France, de la Sainte Russie, d’Ukraine, d’Arabie ou d’ailleurs, que le Sionisme est lié à ces Pogroms et à l’Affaire Dreyfus avant même la Shoah. Qu’Israël et le Sionisme ne sont pas synonymes de honte, mais synonymes de dignité.
Si le discours politique ne voit pas le risque à temps, il se pourrait bien que le nouvel antisémitisme soit un mal nouveau subtil qu’il nous faut déjà combattre au quotidien.

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