
Touristes au coeur de l’Allemagne
Sur les traces des Juifs sur la route Romantique
vendredi 3 décembre 2004.
Août 2004, nous voici de retour au pays de Goethe et Schiller ; Notre périple devait durer deux semaines, nous avions prévu de camper dans les nombreux « Natur campings » sélectionnés par l’ADAC (dont nous avions eu la brochure dans la librairie parisienne l’Astrolabe », suivant un itinéraire tout personnel.
Au cœur de l’Allemagne
Première étape :
WURZBURG
Nous avions choisi la première étape entre Würzburg et Rothenburg, sur la « Romantische Strasse », la route romantique. Le matin nous étions réveillés par les péniches chargées de marchandises qui passaient le long du Main, et qui bordait notre camping, et une troupe de canards qui nous rendaient visite au petit déjeûner. Dès le premier jour une affiche nous mit en appétit, un concert de musique Klezmer était donné dans la petite ville de Ochsenfürt, dans la cour sous voûtes d’une ancienne abbaye, à l’heure où les croyants sortaient de la messe du samedi soir, et les autres du Chabbat… Dans une des rues, levant les yeux vers les fenêtres je remarquai une ménorah à sept branches décorative, comme les pots fleuris qui garnissent communément les fenêtres.
Le lendemain nous conduisit à Würzburg, la ville des Princes-Evêques consacrée en 788 par Charlemagne (Carolus en Allemand), puis en 1030 l’Evêque devint seigneur, et en 1168 Frédéric Barberousse (Barbarosa) accorda aux évêques la possession de la Franconie.
Les Princes Evêques vécurent de 1253 à 1719, dans la forteresse de Marienberg séparée de la ville par le Main et le Mainbrücke, vieux pont du XV° siècle, jalonné de statuaires de saints comme le Pont St Charles de Prague ; lorsque l’on approche de Würzburg, la citadelle apparaît en surplomb, majestueuse et le panorama depuis ses remparts est caractéristique de bien des villes allemandes par leurs nombreuses tours fines et élancées, qui pointent depuis tous les édifices religieux ou civils de la ville. De là déjà, nous pouvions situer à l’endroit de la Marienkapelle, sur la place du marché (Markplatz), non loin du Mainbrücke, l’ancien quartier juif.
Le guide vert (économe !) signale une « élégante église-halle gothique …
construite par les bourgeois de Wurtzbourg entre le 14° et le 15° siècle, mais une fois sur place nous lisons sur un panneau placé devant l’église que ce fut l’emplacement de
la synagogue médiévale qui fut détruite au 13°siècle et 27 juifs furent massacrés par la population. Par instinct, nous pensions que la Place du Marché devait correspondre à un ancien quartier juif.
Mais le joyau de Würzburg est certainement la Residenz construite par l’architecte Balthazar Neumann, entre 1720 et 1744, et qui devint la Résidence des Princes Evêques. Quasiment détruite sous les bombardements de 1945, elle fut restaurée à l’identique depuis lors. La visite débute par un monumental escalier d’honneur au bout duquel une gigantesque fresque à 360 ° représente les quatre continents connus à l’époque, œuvre du Vénitien Tiepolo. Ensuite nous pénétrons dans la salle Blanche décorée de stucs blancs par Antonio Bossi, suivie de la salle impériale de style baroque et décorée par Tiepolo de fresques et de trompes l’œil entre peintures et sculptures. Ainsi de suite, les appartements princiers se succèdent, éblouissants de décorations roccoco, une salle aux miroirs, la chambre à coucher du prince où dormit également Napoléon, les appartements des invités etc.. La Résidence possède son jardin à la française, et je crois bien que tout l’ensemble avait quelque chose du château de Versailles.
Notre parcours dans la ville nous conduisit sur la place de la Cathédrale St Killian ou Dom, contiguë au musée d’art. Quelque peu fatigués, nous étions assis près d’un étrange personnage de bronze…pendant qu’un jeune faisait de la voltige avec son skate… Allions-nous entrer ? Je dis, pour plaisanter : « on ne va quand même pas trouver une ménorah partout ! » (comme à Ulm). Nous entrâmes, et ce sont les enfants qui s’exclamèrent, nous ne vîmes que ça, cette énorme ménorah d’une hauteur approximative de 3 m, trônant à l’entrée principale de la cathédrale ! Nous n’en croyions pas nos yeux !
Je notai : ménorah Wûrzburg - de Güss.K. Herbich - 1981 -
La ménorah semblait indiquer l’origine de l’Eglise, mais plus encore l’Eglise semblait assumer son origine juive, par une reconnaissance forte et visible. Il ne s’agissait plus ici d’une « reine aux yeux bandés et déchue » comme à Strasbourg, mais d’une ménorah érigée en un monument digne de respect.
Resaisis de notre surprise, on aperçut une affiche « Die Juden im Mittelalterlichen Würzburg »
annonçant une exposition sur l’histoire médiévale des juifs de Würzburg, au nouveau centre communautaire SHALOM EUROPA à laquelle on se précipita aussitôt au Valentin-Becker Str. 11, facile à trouver.
En effet, quelle ne fut pas notre surprise de visiter un centre communautaire avec synagogue d’une dimension très honorable, d’apprendre qu’il y avait un office quotidien, de constater que des travaux d’extension étaient en cours, pour y construire une école, un restaurant. Les panneaux d’affichage étaient en allemand et en russe. On peut y trouver des chambres et un mikvè, et des repas Kascher.
« Oui » nous dit le guide qui fit la visite, nous avons beaucoup de russes immigrés, et un rabbin qui vient de Bné Brak, alors ils ne se comprennent pas toujours…
La communauté juive est ancienne, il existe encore quelques vieux cimetières, et aujourd’hui, elle renaît de ses cendres, avec un effectif de 800 personnes. L’exposition retraçait cette vie des juifs,
faite de mesures restrictives et de pogroms, des cartes et des photos de l’ancien mikwè notamment, et des rues.
Une carte mentionnait les principaux centres européens d’études de la Torah entre le 13° et le 15° siècle : Lunel, Marseille, Mantua (Italie), Speyer (Spire), Rothenburg (sud), Mainz, Franckfurt, Worms, Würzburg, Köln (Cologne), Erfurt, Nürnberg (Nüremberg), Regensburg, Wien, Neustadt, Prague, London. C’est toujours bon à savoir…
Direction ..ROTHENBURG..
Nous avons quitté Würzburg, et le lendemain nous avons gagné Rothenburg sur la Tauber, en Bavière,
un écrin d’architecture à colombages, qui offre au visiteur un panorama féerique dû à ses maisons à pignons pointus, ses remparts du 12° siècle, son Hôtel de ville du 14°s (Rathaus) et son beffroi de 60 m de haut (visitable par les plus sportifs). Ses rues pavées, ses enseignes et les calèches pittoresques nous restituent le charme d’une ville du Moyen Age.
Nous avons stationné près des remparts et avons emprunté la première rue devant nous, la Judengasse, comme par hasard ! elle nous a conduit à une des portes de la ville surmontée d’une tour, la Weisser Turm prolongée en longueur par un bâtiment d’habitation ancien.
La porte possède deux passages, l’un à gauche probablement pour le passage des charrettes et habitants de la ville, l’un à droite fermé par un portail : la judenhof, le ghetto. Passé le portail, nous nous trouvons devant un carré de gazon à l’abri du mur d’enceinte sur lequel sont encore scellées quelques pierres tombales,
une plaque rappelle que vécut ici au XIII° siècle, le grand talmudiste Rabbi Meïr Ben Baruch de Rothenburg.
Rabbi Meïr s’était prononcé dans le débat sur les représentations picturales dans les synagogues, et avait "..réprouvé les miniaturistes animaliers des Mahzors ; ces enluminures détournaient de la prière."(l’Esprit de l’Art juif, de Ernest Namenyi, éd. De Minuit)
Sous le porche qui suit, une seule porte donne accès à des habitations aux étages au-dessus, nous pouvons supposer que le ghetto trouvait là sa limite étroite, dans l’obscurité et l’humidité de cette voûte et dont on peut imaginer qu’il était surpeuplé, compte tenu de son exiguïté. Les juifs étaient exactement situés sous le contrôle des gardiens de l’entrée de la ville. Une ouverture en forme d’ogive perçait le mur d’enceinte, et les juifs ne pouvaient éviter de voir un christ placé exactement dans l’axe de l’ouverture.
Aucun touriste ne peut venir à Rothenburg et ne pas traverser son ghetto, ne pas être interpellé par sa présence. Le guide Vert n’en fait pas mention ! sinon pour signaler que la Judengasse marque le tracé de la première ceinture de remparts du 12° siècle. Après avoir fait le tour extérieur des remparts et déguster des mirabelles et des quetsches tombées des arbres fruitiers qu’ils abritent, nous avons quitté Rothenburg la romantique.
Quelques jours plus tard, au musée juif de Berlin, nous avons appris à partir d’une carte, qu’au 18° siècle, la Bavière était exsangue de juifs, alors que dans le Bade-Würtemberg une grande densité de communautés juives y vivaient ; la population devait se prononcer et dire si elle voulait des juifs ou non. Que la Bavière fut catholique et le Bade-Würtemberg fut protestant était-il suffisant pour expliquer ce fait ? Existait-il des quotas au-delà desquels les plus jeunes qui se mariaient devaient s’établir dans un ghetto moins surpeuplé et ainsi de suite ? Ce qui expliquerait la multitude de petits ghettos dans les villes allemandes .
Nous reprîmes notre route nous enfonçant plus à l’Est, pour atteindre Weida au bord d’un lac. De tout notre voyage ce fut le camping qui nous fut le plus sympathique, à cause de son gérant et son épouse toujours prêts à nous renseigner, et des prestations servies. Weida se situe non loin de Jena (fameuse bataille de Napoléon - musée de l’optique Zeiss -) à quelques 50 minutes de Weimar laquelle se situe à quelques km de Buchenwald, d’où notre choix stratégique pour visiter ces lieux où se mélangent la Kultur et l’effroi. Un matin, alors que mon mari achetait les « bretchen » tout frais pour le petit déjeuner, il dit notre intention au gérant, de visiter Buchenwald, il lui répondit alors que sa fille ne l’avait pas visité avec l’école de la même façon que lui-même, du temps de l’Allemagne de l’Est, quand le discours était partisan du communisme.
A Weimar, tout est Kultur, tout est empreint de Goethe (1749/1832) et de Schiller, les plus grands poètes du Pré-romantisme allemand, toutes les rues portent les noms de ceux qui s’y rendirent dont Heine, et Bach qui y composa de 1708 à 1717 ses oeuvres pour orgue, et Liszt qui s’y installa en 1848 en prenant la direction de l’Opéra de Weimar, et les cafés et l’atmosphère de la « ville du classicisme allemand » devenue mythique. Parce que la Duchesse Anna Amalia en 1758, voulut faire de Weimar, un centre intellectuel, son fils appela Goethe qui devint ministre, et qui y rédigea son Faust et autres oeuvres. Weimar recelait la plus importante bibliothèque d’Allemagne, elle vient de brûler dans un incendie (septembre 2004).
Les habitants de Weimar avaient pour lieu de promenade, une forêt toute proche où dit-on se situait le « Chêne de Goethe », arbre au pied duquel le poète composait en rêvant à sa dulcinée : la forêt de l’Ettersberg plus connue sous le nom de Buchenwald. Goethe pour qui « Tout l’éphémère n’est que symbole » a nourri parfois les pensées des détenus du camp de concentration.
Voir article sur la visite du camp de Buchenwald.
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- par
Nadia Darmon.H
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