
Site du Camp de Dachau
à 19 km de Munich, des chambres à gaz.
dimanche 11 juillet 2004.
Notre voyage en Allemagne nous a permis d’interroger l’histoire, les Allemands et ce qu’ils avaient fait de leur propre mémoire, de leur propre culpabilité. Toutes nos visites dans ce pays ont montré qu’ils assumaient leurs responsabilités par une volonté de rappeler l’histoire même la plus douloureuse.
DACHAU
Aout 2003, nous avions décidé de prendre nos vacances en Allemagne, au bord du lac de Constance, le « Bodensee » en allemand, et au cours de nos nombreuses visites de touristes ordinaires nous avons eu quelques émotions, quelques surprises, quelque méfiance…nous avons bien rencontré quelques israëliens , précisément dans ce château de Louis II de Bavière, tout dédié aux opéras de Wagner, miroir de la folie d’un roi se prenant pour Siegfrid, perché sur un piton rôcheux comme sorti d’un conte de fée…
Notre périple nous a bien conduit à Ulm, ville natale du grand Albert Einstein, « Geboren in Ulm am 14. März 1879 », loin de l’oublier les habitants de Ulm en ont fait un objet emblématique de la ville, on le trouve sur tous les souvenirs possibles et imaginables : cartes postales, bols, porte clés, bibelots déclinés sous toutes leurs formes, érigé en statue, en fontaine de pierre tirant la langue, dérisoire revanche d’un homme qui dut fuir son pays…
Oh ! surprise, alors que nous levions le nez vers le clocher de la Cathédrale le plus haut d’Europe, nous vîmes une énorme ménorah (chandelier) traversée par la lumière, à travers un des vitraux qui s’étirait vers le haut, sur la façade principale…
Pendant la dernière guerre, la ville de Ulm a été bien endommagée sous les bombardements, et notamment sa Cathédrale. Lors de sa restauration les vitraux ont été refaits suivant des thèmes bibliques certes comme le jugement de Salomon, mais il y a ce vitrail étrange signé de Israël Fenster, d’abord une ménorah dans sa partie supérieure, des motifs floraux, puis dans la partie inférieure la représentation d’une chambre à gaz suivie d’une maguen David (étoile de David).. Des cartes postales de ce vitrail sont vendues au guichet…
Il s’y trouve aussi de nombreux bustes en bois sculptés surmontant les stalles d’honneur, les femmes de la Bible face aux hommes de la Bible mais aussi des humanistes, ainsi peut-on voir Déborah, Ruth, Bethsabée, Job, et tant d’autres… nous allions vers la sortie quand notre regard fut attiré par un petit panonceau accroché à un coffre ancien, sur lequel on lisait un message en allemand, nous ne comprenions que le mot « torah » ; le coffre était un tronc, on demandait aux visiteurs de participer à l’achat d’un Séfer Torah pour la communauté juive de Ulm ! Je l’avoue je restai perplexe et n’osai pas prendre le coffre en photo pour preuve !
Notre circuit nous menait vers Munich, et considérant la carte routière nous vîmes que Dachau se situait à 19 km d’une de ces plus grandes villes d’Allemagne. Ce fut un choc de constater cette proximité, également de constater que l’entrée actuelle du camp se situait dans le gros bourg de Dachau, ou bien est-ce l’effet de l’urbanisation qui réduisit les distances ?
Lorsque les américains entrèrent dans le camp de Dachau, le 24 avril 1945, ils commencèrent par raser les baraquements, et construire des habitations, la trace du 1er camp SS ouvert en mars 1933, par Himmler alors chef de la police en Bavière, faillit disparaître. Ce fut grâce à l’intervention de l’Archevêque de Munich qui fut détenu dans le camp, que le sens de l’oubli s’inversa en la reconstitution du camp en lieu de mémoire…
Il y a un grand parking qui témoigne du nombre de visiteurs, et un vieux gardien assis sur une chaise, vous savez comme ces gardiens des cimetières, on a l’impression qu’ils veillent toujours assis à califourchon sur une chaise.
L’entrée du camp est libre, dans un baraquement le visiteur peut louer un audioguide dans sa langue, pour quelques euros. Objet bien utile car il donne toutes explications, illustrations par des poèmes écrits par des détenus, des témoignages etc… Nous avions 4 enfants avec nous, une de 10 ans, une de 14 ans, un de 24 ans, une de 20 ans, tous ont écouté, regardé, supporté…Dachau est « visitable » par tous.
Dachau fut d’abord destiné aux allemands anti-nazis, aux homosexuels, aux communistes, il accueillit ensuite des déportés de plusieurs nationalités, dont quelques milliers de russes (3000 y furent fusillés), une église orthodoxe fut érigée en leur mémoire. Chaque détenu portait un insigne d’une forme et d’une couleur différente suivant la catégorie à laquelle il appartenait.
Le bâtiment qui servait au déshabillage à l’arrivée, sert de hall d’exposition, de musée de la mémoire de Dachau, très bien fait et documenté.
A l’autre bout du camp, au-delà des emplacements des baraques, on aperçoit trois lieux de recueillement, à partir de la gauche le temple protestant presque enterré, dans lequel on descend par une allée inclinée.
Au centre, l’édifice catholique d’une forme cylindrique ouvert en deux dans sa hauteur, au fond duquel se niche dans l’obscurité une croix haute et noire.
A droite, une cheminée de pierre inclinée désigne le lieu juif, surmontée d’une ménorah, l’entrée s’enfonce dans la terre
et sur les parois convexes sont suspendues des veilleuses, au bout du long boyau de la cheminée, la ménorah apparaît dans la lumière de l’orifice.
Derrière ces trois édifices, se trouve un mur d’enceinte, un portail, une croix, c’était une autre partie du camp, aujourd’hui occupé par des carmélites, nous n’avons pas voulu y aller…
Sur la gauche, nous devions traverser un petit pont, au-delà des barbelés, là se trouvent des « douches », deux chambres à gaz, quatre fours crématoires… Alors que nous visitions, silencieux, de tels lieux pour la première fois, dans la chambre à gaz carrée, je m’adossai au mur m’interrogeant sur la « chose » effrayante, quand soudain entra un couple ; le monsieur prit la pose, un pied devant, le sac du touriste en bandoulière, les bras pendants, et la dame prit la photo, cela dura une demi minute, et ils sont partis me laissant plus encore perplexe… Ma fille entra, et me dit, « - dis maman, tu prends une photo d’ici, hein ? comment puis-je prendre une photo de cet endroit ? il n’y a rien à prendre…ma chérie…c’est un carré vide… »
Toute la question était là, que devais-je faire, et si je devais appuyer sur le déclencheur, c’était pour témoigner, non pour poser, c’était pour rendre le vide. Nul n’était sorti de ce carré là. Mon fils m’a dit un jour que dans la nature, seul l’homme avait su créé le carré. Du cube on ne pouvait voir que les niches où étaient posées les bonbonnes de Zyclon B et les orifices par lesquels le gaz mortel s’échappait.

- Chambre à gaz à Dachau
Nous arrivions au terme de notre visite, parmi les autres touristes nous avons rencontré entre autres, des israëliens, des groupes de lycéens allemands, et deux familles de musulmans. Sur le livre d’or déposé dans le temple Protestant, nous avions pu lire certaines signatures dont l’une d’elles avait indiqué (from Kurdistan). Le camp de Dachau reconstitué est devenu "le site commémoratif du camp de concentration de Dachau", un lieu de mémoire, que les anciens déportés ne pourraient reconnaitre vraiment, mais il a le mérite de rappeler où se trouvait "l’anus mundi".
Nous avons décidé qu’en 2004, nous poursuivrions la visite de l’Allemagne, peut-être pour conjurer l’histoire ! NEH.
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- par
Nadia Darmon.H
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