S’ajoute en toile de fond, une situation qu’au nom d’un esprit de laicité zélée, exception française, pour laquelle j’ai la plus grande reconnaissance, celle qui a permis aux juifs de France de s’intégrer dans la société à égalité de droits, et cela depuis 1791 [1], une situation de fait dis-je qui sert de prétexte maintenant, ici en France et dans nos écoles, collèges, lycées, pour refuser à nos enfants, l’accommodement du Chabbat et des fêtes, la simple compréhension d’obligations certes d’ordre privé, mais inhérentes à notre essence.
Un mur d’incompréhension s’est élevé qui n’existait pas auparavant qui crée plus qu’un malaise, un sentiment d’injustice qui met en péril notre propre essence, mais aussi notre présence en France.
Restons un peu sur le sujet, Le respect du Chabbat n’a rien à en commun avec les "signes ostentatoires ou visibles" d’une religion, il n’évoque aucune notion "d’infériorité" du statut de l’individu en contradiction avec les valeurs de la République, il n’a pas de vocation prosélyte, il ne porte atteinte à personne et surtout pas à l’intégrité de la République. Le respect du Chabbat, est au fondement du Judaïsme, il est sa colonne vertébrale, il est son souffle de vie, et aujourd’hui au nom de la laïcité française, des/les fonctionnaires de l’Etat portent atteinte à notre liberté de culte, notre droit le plus élémentaire. Ils portent atteinte à l’essence même du Judaïsme, comme au temps d’Antiochus Epiphane, quand la culture grecque était de règle et s’imposait par la force, quand la loi grecque avait décidé d’éradiquer jusqu’à l’essence même du Judaïsme en lui interdisant la circoncision, l’accès au Temple de Jérusalem le Chabbat et le reste...Le respect du Chabbat ne met en aucun cas en cause la laïcité de l’école française, que ce soit dit une fois pour toutes.
De Montréal à Casablanca, en passant par Manchester, nul Juif n’est inquiété lorsqu’il porte Kippa dans la rue ou à l’école, nul Juif n’est inquiété de ne pas pouvoir passer ses examens, nul n’est regardé avec suspicion et hostilité. En regard d’une laïcité de bon aloi, mal comprise, mal ingérée, chacun se devrait de ressembler à tout le monde, après le passage du rouleau compresseur républicain. Cela vaut pour toutes les catégories de la population française plurielle et contrastée.
La loyauté que nous déployons depuis tant de siècles envers notre patrie, notre pudeur et notre respect des lois, naturels à notre tradition issue de l’expérience de l’exil, n’ont-ils aucune valeur ? ont-ils démérité au regard de la République ?
Que l’on cesse de mêler ou d’amalgamer les Juifs à des considérations pour lesquels ils ne sont pas concernés comme le prosélytisme, le port de signes ostentatoires, le fondamentalisme ou le conflit du Proche Orient. L’histoire, notre histoire ; notre dhimmitude passée, notre extermination programmée et exécutée, nos convertis de force et les autodafés, ne parlent-t-ils pas d’eux-mêmes ?
Devrions-nous défiler dans les rues avec des chapeaux côniques, une étoile sur la poitrine, un sarruel trop long et des babouches jaunes ? Dire la colère des familles qui se sentent seules face à l’ignorance, Dire la nausée face aux agressions antijuives abjectes et d’une autre époque. Parcourez les villes de France, les rectorats, les écoles, grattez donc derrière chaque demande de changement d’établissement, et vous comprendrez mieux ce que les enfants et leurs familles supportent parfois avec dignité. Depuis que j’ai commencé cet article sans le mettre en ligne, il y a eu la monstrueuse affaire d’Ilan Halimi qui fera date dans les mémoires juives.
Entre intégrité et sécurité menacées, nos Juifs n’ont rien à prouver, n’ont rien revendiqué si ce n’est une reconnaissance d’une place dans la société qui n’a pas démérité, et qui n’est pas réductrice aux commémorations officielles et aux dîners du CRIF. La majorité de nos Juifs qui occupent cet article, ne sont affiliés à aucune organisation. Mais ils pensent et ils votent. Certains décident parfois et en silence, de quitter la douce France.
Laissez-moi finir sur cette phrase de ce jeune juif interviewé cette semaine, par le magazine "Le Point" qui consacre un dossier aux jeunes juifs de France qui intègrent Israël : "J’ai un amour désespéré pour la France et un amour plein d’espérance pour Israël." Le Point se demande si son dossier est représentatif d’un malaise !


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