L’opération ou Projet T4 a pris le nom des bureaux situés au 4, Tiergartenstrasse à Berlin, d’où ont été organisés directement par la Chancellerie de Hitler, le processus d’euthanasie des handicapés mentaux et physiques de l’Allemagne nazie, les "inutiles de la sociétéé. "A l’automne 1939, Hitler donne secrètement au chef de la Chancellerie du Führer, Philipp Bouhler, et à son médecin personnel, Karl Brandt, l’autorisation écrite (sur son propre papier à lettres et signée de sa main) de lancer le programme d’euthanasie. Il aboutit à la mort de 70 000 à 90 000 personnes au moins, et prend fin tout aussi secrètement l’été 1941, après les protestations de l’évêque de Münster. Mais T4 a permis d’expérimenter des méthodes d’extermination, notamment le gazage au monoxyde de carbone, qui vont bientôt être employés pour l’extermination des Juifs dans les camps de Pologne.
A l’automne 1941, les principaux responsables du projet T4 sont dépêchés en Pologne orientale, dans la région de Lublin, pour mettre sur pied le premier camp d’extermination du secteur : Belzec. Avec la création de deux autres camps de la mort, Sobibor et Treblinka, Belzec formera à partir de l’été 1942 l’ Aktion Reinhard , ainsi appelée en hommage à Reinhard Heydrich : c’est le plan d’extermination de tous les Juifs de Pologne." (Ian Kershaw) [1]
L’avancée de l’armée allemande vers le front de l’Est met à découvert de très nombreuses populations juives. Dès le début de l’offensive contre l’URSS, quatre groupes d’intervention sont constitués principalement de réservistes d’une moyenne d’âge élevée, versés dans la police : les Einsatzgruppen. Ils sont chargés de nettoyer à la suite de l’armée allemande, les localités traversées de tous leurs Juifs. Au début, les hommes et garçons (+15 ans) sont raflés et massacrés, dès la fin juillet 1941, les massacres de masse sont étendus aux femmes et enfants. "Cette dimension nouvelle des meurtres de masse fait suite à une série de rencontres entre Himmler et Hitler (...) qui semble avoir abouti à une radicalisation brutale du génocide. Dès septembre 1941, on tue plus de femmes que d’hommes. La décision de cette escalade a sans doute été prise fin juillet et transmise oralement en août par Himmler aux chefs SS." (Ian Kershaw [2]]])
Selon l’historien Georges Bensoussan [3] , l’échec allemand dans la guerre contre l’Union Soviétique est déterminant dans la prise de décision de la Solution Finale. "En deux semaines, l’Allemagne perd 50% de ses hommes, c’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la décision génocidaire fondamentalement idéologique." Dès 1938, Goering, Himmler et Hitler l’avaient annoncé : "Si le monde entre en guerre, ça se terminera par la destruction de Juifs."
Les massacres de masses perpétrés par les Einsatzgruppen le sont ainsi : les Juifs sont raflés, rassemblés en un endroit à l’orée du village (les forêts étant investies par les maquisards, les Allemands évitent de s’enfoncer à l’intérieur des forêts profondes de l’Ukraine ou de la Biélorussie.), ils creusent des fosses, la population locale aide à creuser ces fosses ou au transport des populations juives raflées. Puis les groupes d’intervention spéciales procèdent au mitraillage, et la population locale au pelletage pour recouvrir les fosses. Ainsi en fut-il de Babi-Yar en Ukraine, un faubourg de Kiev où furent massacrés le 30 septembre 1941, 33 000 Juifs en deux jours. ("Les témoins ont dit que la fosse bougea pendant trois jours et que le sang coulait en ruisseaux. Que des fragments humains remontaient de la terre.")
En décembre 1941, les Einsatzgruppen sont passés de 3000 hommes à 35 000 tueurs.
Himmler, lors d’une visite assiste à une tuerie, "en août 1941, près de Minsk. Eclaboussé de sang, il est pris de nausée." (Ian Kershaw) Il demande aux services techniques de réfléchir à une autre solution, plus rationnelle, plus à l’abri des regards indiscrets. En effet, les témoins occulaires font légion, la population locale impliquée ou présente par hasard, les soldats qui prennent des photos, écrivent à leurs familles, et ceux qui tremblent, qui sont pris de nausée ou qui sombrent dans la dépression nerveuse et l’alcool.
On évalue à 500 000 victimes juives, le nombre de personnes massacrées ainsi, par les Einsatzgruppen. Leur proximité avec les troupes de la Wermacht n’exempte pas l’armée allemande de toutes responsabilités.
On expérimente alors à Chelmno d’abord, les camions aménagés en chambres à gaz déjà utilisés pour l’opération d’euthanasie en 1939/1940. Puis un cran supplémentaire est enclanché par l’utilisation de maisons forestières transformées en chambres à gaz par monoxyde de carbone, au camp de Belzec.
A partir de l’été 1942, le programme d’extermination s’adresse à tous les Juifs des pays d’Europe occupés par l’Allemagne, et même ceux qu’il est prévu d’occuper à terme (comme la Grande-Bretagne), soit 11 millions de Juifs.
Le programme d’extermnination de tous les Juifs d’Europe sera désigné du nom de "Opération Reinhard" ou "Aktion Reinhard" , en hommage à Reinhard Heydrich.


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