Jules Isaac (1877-1963)

Par Lazare Landau, 1963.
jeudi 24 juin 2004
par Nadia Darmon.H
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Jules ISAAC (Rennes, 1877 - Aix-en-Provence, 1963) Vues nouvelles sur la naissance de « Jésus et Israël »

La seule biographie connue par Lazare Landau (parue dans l’Arche N° 81 octobre 1963)

Un français nommé Isaac

Jules Isaac est né voici quatre vingt cinq ans à Paris, dans une vieille famille israëlite, profondément enracinée en France. Au sein du milieu familial coutumes et croyances religieuses s’étaient effacées pour faire place à une tradition militaire récente mais solidement implantée. Le grand-père de l’historien, cuirassier-trompette dans la Grande-Armée, capturé par les Russes à la Bérésina avait combattu néanmoins à Waterloo ; sa médaille de Sainte-Hélène figure encore parmi les souvenirs de famille. Le père, lui, avait parcouru une carrière plus brillante ; en dépit de sentiments républicains dont il ne se cachait guère, il était parvenu rapidement sous le Second Empire au grade de Chef d’Escadron : performance remarquable pour qui songe qu’il s’était engagé comme simple soldat et s’appelait au surplus Isaac. L’un et l’autre étaient décorés de la Légion d’Honneur à titre militaire. De juif, la famille n’avait plus que le nom.

Dans les lycées parisiens, Jules Isaac reçut une solide formation classique. De toutes les disciplines qu’il y étudia, ce fut le grec qui le séduisit le plus : il s’y appliqua au point de parvenir à lire à livre ouvert l’Iliade ou Antigone. De toutes les figures de ce temps, il en est deux qui demeurent pour lui extraordinairement vivantes : Henri Bergson et Charles Péguy. Bergson qui fut son professeur de Khâgne à Henri IV, le séduisit par la clarté du style autant que par l’élévation de la pensée. Quant à Péguy, la camaraderie qui le lia à Jules Isaac fut bien autre chose qu’une fragile sympathie : une amitié profonde qui devait durer aussi longtemps que la vie. L’ami Péguy n’était pas de tout repos la passion de justice, la volonté de lutte qui l’habitaient devaient l’engager en bien des entreprises périlleuses où Jules Isaac, de tout cœur, s’engagea à ses côtés. La grande affaire de ces années tumultueuses où l’historien passa ses vingt ans, ce fut l’Affaire. Pour nos deux compagnons, qui était le capitaine Dreyfus ? Un innocent condamné sur production de faux documents, offert en holocauste aux passions antisémites qu’avaient déchaînées Drumont et l’extrême - droite. Pour Jules Isaac s’agissait-il de sauver, sinon un coreligionnaire, du moins un congénère ? Nullement : socialiste anarchisant comme Péguy l’était alors, il luttait pour le Droit. De sentiments juifs, point. Mais, dans cette affaire, s’était révélé un caractère de lutteur comme l’Université n’en donne guère : l’avenir devait le confirmer.

La condition inhumaine

Malgré l’intérêt certain que présenterait l’entreprise, mon propos ici n’est en aucune façon de donner une biographie complète de Jules Isaac, mais seulement de montrer comment une existence d’homme peut se prolonger en une œuvre. Ainsi, franchissant d’un bond près d’un demi siècle, de l’affaire Dreyfus nous passerons à la « divine surprise » qui émerveilla Maurras à l’heure du désastre français. L’ancien défenseur de Dreyfus reçut une double blessure : comme français attaché à la démocratie et plus encore en tant que Juif, pour la première fois solidaire de ceux qu’il découvrait soudain comme des frères inconnus. L’année quarante trouva l’ancien militant socialiste transformé au point d’en être méconnaissable. Après la guerre de 1914-1918 qu’il avait faite en simple fantassin, le compagnon de Péguy avait franchi d’un pas rapide les étapes du cursus honorum universitaire. Professeur (les plus hautes classes des lycées parisiens, auteur d’une collection de manuels d’histoire « Isaac et Mallet » qui devint et demeura longtemps la Bible des lycéens français, il avait accédé tôt aux fonctions enviées d’Inspecteur Général du Ministère de l’Education Nationale. En 1939, son autorité était suffisamment reconnue pour que le ministre le désignât pour présider le Jury de l’Agrégation d’Histoire. Hors du cercle assez étroit des universitaires, sa réputation lui avait vallu une sollicitation flatteuse : le maréchal Pétain lui avait demandé de se faire son historiographe. Le même maréchal, devenu le chef du régime de Vichy, devait se révéler sous un jour différent. Dans le cadre des mesures prises contre les Juifs, l’Inspecteur Général Jules Isaac fut, dès 1940, destitué de toutes ses fonctions et chassé de l’Université Française ; Commandeur de la Légion d’Honneur sous la troisième République, il se vit radié de l’Ordre, par les nouveaux maîtres. Cette exclusion, cette radiation, il ne les oublia jamais.

Dans les conditions nouvelles, il n’était pas question de demeurer à Paris. Jules Isaac quitta Paris au début de l’année 1941 pour se réfugier à Aix-en-Provence où il comptait au moins un ami sûr : le doyen Bourris de la Faculté des Lettres. Au passage de la ligne de démarcation, un panneau aux hautes lettres le plongea dans une douloureuse méditation : « Interdit de passer aux nègres et aux juifs ». Pour l’homme qui commençait à se sentir Juif, c’était dur. A peine établi à Aix, il ne s’accorde pas de repos sous le coup des premières mesures antirépublicaines prises par Vichy, il écrit Les Oligarques, Essai d’histoire partiale dit le sous-titre. C’est un pamphlet, d’une verve mordante, écrit en l’honneur de la démocratie outragée contre l’oligarchie réactionnaire qui a saisi le pouvoir à la faveur des malheurs de la patrie. « C’est en 404 avant J-C qu’Athènes vaincue dut plier le genou devant Sparte. C’est...dans, la France subjuguée par l’Allemagne hitlérienne, que ces pages ont été écrites. » Et voici la clef de notre satire : « Si j’ai bien compris...il faut donc, pour le bonheur d’Athènes, que sa marine soit anéantie, son commerce et son empire ruinés, l’édifice de ses institutions rasé. Et comme tout cela ne peut être qui le fruit du désastre, il faut donc pour le bonheur d’Athènes, qu’Athènes vaincue passe sous le joug, que sombrent sa gloire, son bonheur et sa liberté ». En 1941, on ne pouvait être plus clair.

Au cours de ces années 1941 - 1942, la famille Isaac s’était remarquablement acclimatée à Aix-en-Provence : le climat lumineux, la gentillesse de la population, les amitiés nouvelles qui s’étaient forgées, contribuaient à adoucir l’amertume de l’exil et de cette déchéance légale dont Vichy avait frappé les Juifs. Mais l’abri d’Aix paraissait précaire : en 1942, après l’occupation de la zone Sud, Jules Isaac apprenant la constitution possible d’une zone côtière interdite qui engloberait Aix, décida de quitter la vieille cité du roi René pour s’établir au Chambon-sur-Lignon où il avait, de toute manière, fixé rendez-vous aux membres de la famille, en cas de danger grave. Le départ d’Aix sonna l’heure du destin.

Le drame familial

Repoussé par la loi de Vichy vers une collectivité juive dont il ne connaissait rien, Jules Isaac avait commencé à se rapprocher des Juifs et du Judaïsme lorsqu’un drame cruel, déchirant sa famille, vint lui rappeler la justesse permanente du mot de « son » Péguy « C’est pas facile d’être Juif ». Au Chambon-sur-Lignon, la famille Isaac passa les derniers jours de l’année 1942 réunissant tous ses membres pour la dernière fois. Daniel, le fils aîné, appartenait à la Résistance : son réseau démantelé par les Allemands, il quitta la France pour franchir les Pyrénées et poursuivre outre mer le combat pour la France et la liberté. Jules Isaac, pour sa part, avait supporté avec sérénité toutes les mesures qui l’avaient frappé aussi longtemps qu’il voyait les siens autour de lui. Le départ de son fils aîné l’affecta profondément. Il souffrait aussi de son isolement au Chambon et de l’impossibilité de s’y procurer des livres. Il résolut de s’établir à Riom. Là, il serait proche de son gendre qui travaillait à Vichy au Central de l’Agence Havas ; il pourrait également mettre à profit les ressources des Bibliothèques Universitaires réunies à Clermont. A Riom, les Isaac vécurent dans une semi-clandestinité, sous le nom de Marc, durant quelques semaines. Brusquement, le filet de la Gestapo s’abattit sur une partie de la famille : Jean-Claude Isaac, le cadet des fils, avait accepté, avec son beau-frère, des missions de le Résistance. Avec sa sœur Juliette et son beau-frère, il fut arrêté lors d’une réunion des chefs de réseau du « Supernap ». Mme Isaac apprit la nouvelle quelques heures plus tard. En mère passionnée, n’écoutant que le mouvement de son cœur, elle ne fit qu’un bond pour aller à Vichy, au mépris du danger s’informer du sort de ses enfants. La Gestapo travaillait avec ordre et, méthode : le lendemain matin, elle apparaissait à Riom pour y cueillir, à leur hôtel, les autres membres de la famille Isaac. Elle ne trouva que Mme Isaac. Jules Isaac était parti chez le coiffeur ; il apprit ce qui s’était passé ; comme au surplus on lui refusait l’accès de sa chambre, il partit.

Il n’avait plus qu’une idée : retrouver les siens. Sans hésitation, il alla se livrer à la Gestapo de Clermont-Ferrand. Il était parti avec une serviette bourrée de livres et de médicaments car il souffrait d’une très grave maladie. Au quartier général de la Gestapo, se déroula alors, une scène tragi-comique : celle d’un candidat à la déportation, sollicitant vainement son arrestation. A l’arrivée de Jules Isaac, un jeune soldat allemand lui ouvrit. Il s’adressa à deux officiers qui refusèrent net de l’entendre ; c’était un samedi après-midi, la maison était presque vide et eux-mêmes se préparaient à une randonnée dans la montagne. Sans écouter attentivement ce que voulait le visiteur juif, ils le mirent à la porte, l’invitant à revenir la semaine suivante. Il quitta l’immeuble, disant au soldat qui montait la garde à l’entrée : « Noch einige Tage Freiheit » encore quelques jours de liberté. La mort ne voulait pas de lui. Revenu dans la rue, il marchait comme un somnambule, ne sachant où aller. Il se souvint alors qu’à Royat résidait son ami et collègue, Dominique Parodi Inspecteur Général de Philosophie. Il alla à Royat où les Parodi le reçurent fort bien. Mais eux mêmes, participant à la Résistance se savaient suveillés par la police. Ils indiquèrent donc à Jules Isaac, un autre refuge : leurs amis Paul et Jeanne-Claude Léon, Juifs mais non déclarés comme tels. Chez eux, l’homme traqué trouve un accueil très chaleureux. Dans le désarroi moral où les événements l’avaient jeté, ce fut Jacqueline Parodi, aujourd’hui Mme Pierre Chatenet qui lui rendit les plus grands services, le dissuadant notamment de se livrer à la Gestapo : « tout le monde y passe, à quoi servirait votre sacrifice ? » Il se rendit alors au Chambon pour prévenir sa belle-fille restée là-bas, du danger suspendu sur sa tête et la décider à prendre la fuite. Lui -même avait changé d’avis sur la question qui le préoccupait alors. Sa femme était parvenu à lui faire passer, de Drancy où elle était internée avec ses enfants, un billet portant ces mots : « garde-toi pour ton œuvre que le monde attend ».

Ce fut ce billet qui le décida à survivre pour se donner à une mission qu’il considérait désormais comme sacrée. Sur la nature de cette œuvre à laquelle il allait vouer toutes ses forces, nous reviendrons plus loin. Ses tribulations se poursuivent à travers plusieurs régions du Centre. Germaine Bocquet membre de la Résistance le cacha d’abord dans une ferme proche d’Issoudun, qu’il quitta assez rapidement pour se réfugier à Levroux, un coin du Berry qui présente déjà quelques-uns des charmes de la Touraine. C’est là que lui parvint d’Auschwitz, un billet de son fils cadet, lui disant qu’il se trouvait très bien et travaillait dans son métier de peintre. La lettre, était fort loin de traduire la réalité, mais il ne s’agissait que de réconforter le père anxieux. Sur ce plan, elle produisit pleinement l’effet espéré.

L’été 1944 fut terrible pour le réfugié. Levroux était un important carrefour de routes traversées par de nombreux régiments allemands. Plusieurs incidents se produisirent, où Jules Isaac ne dut qu’à un miracle d’échapper à la mort après s’être trouvé au bout des mitraillettes allemandes. Après la Libération, Louis Joxe ami de son gendre et Secrétaire Général du Gouvernement Provisoire, obtint du général De Gaulle le rétablissement de Jules Isaac dans ses fonctions d’Inspecteur Général chargé pour un an de mission extraordinaire. C’est grâce à Louis Joxe également, qu’il retrouva son fils aîné, Daniel, officier de commandos das la 1ère Armée française, grièvement blessé au cours d’un combat en Forêt Noire. La tyrannie sanglante qui avait étreint durant quatre ans la France et l’Europe s’effondrait. Mais pour Jules Isaac, comme pour d’autres survivants, des blessures profondes subsistaient que le temps ne pouvait cicatriser et les conséquences du drame devaient se faire sentir bien longtemps encore. La déportation des siens avait cruellement mutilé sa famille, mais bien avant, sous le choc des événements, une conversion profonde avait commencé en lui.

Un homme nouveau...Un livre neuf

L’évolution religieuse de Jules Isaac peut se caractériser en quelques traits. Durant sa jeunesse, il n’avait pas reçu d’éducation religieuse et aucune influence ne s’était exercée sur lui en ce sens. Jusqu’en 1940, il se savait d’origine juive, sans se croire pour autant astreint à aucune croyance, à aucun acte positif. C’est sous l’effet des événements de 1940-1941 qu’il vint lentement à la vie religieuse, qui se limita pour lui à deux exigences fondamentales. D’une part, un besoin de pureté et de vérité, qui devait, dans son esprit, toucher les Chrétiens autant que les Juifs dans la représentation qu’ils se faisaient les uns des autres. D’autre part, un besoin de fraternité humaine qui brisât toutes les barrières théologiques. Ces barrières, dans son optique sont nécessaires à toutes les religions mais il faut qu’en certaines circonstances, on puisse les franchir. En 1941-1942, devant la persécution qui s’abattait sur les juifs de France, il avait discuté de la question dans des comités formés à Marseille et à Aix-en-Provence. Il était entré en relation avec nombre de rabbins et de juifs très conscients de leur appartenance religieuse. C’est ainsi qu’il avait renoué des liens avec le judaïsme, restant, selon sa propre définition « non-confessionnel », mais désormais religieux. Méditant longuement sur ces questions, il s’était mis à relire les Evangiles ; la pratique constante des auteurs grecs depuis sa jeunesse lui permit d’aller directement au texte originel. Sur ce terrain, de vives surprises l’attendaient.

Dès la première lecture, sa réaction se traduisit par la rédaction d’un manuscrit qui a survécu à toutes les vicissitudes de la guerre : « Quelques constatations basées sur la lecture des Evangiles ». Cette première réaction, étonnamment prompte, marqua le point de départ de toute son œuvre dans le domaine judéo-chrétien. Dans cet écrit, rédigé à l fin de l’été 1942, il met en lumière l’écart énorme qui sépare les écrits évangéliques de la tradition et de l’enseignement chrétiens. Aussitôt, ce texte fixé, il le communiqua à plusieurs personnalités chrétiennes dont il tenait à connaître le jugement. Du côté catholique, il choisit le philosophe Maurice Blondel avec qui il entretenait d’excellentes relations ; parmi les protestants, il s’adressa au pasteur Trocmé, ami de son fils aîné. Maurice Blondel lui donna à lire le livre d’un Jésuite, le Père Fessard, sur la question juive : « Pax nostra, destinée et mission négatrice du peuple juif. » Le titre parlait de lui-même ; l’ouvrage, violemment antisémite, en tenait généreusement toutes les promesses. Jules Isaac eut beau objecter que les bases étant fausses, le livre ne pouvait rien contenir de juste, Maurice Blondel ne comprit guère ses objections. Il était très vieux, plongé dans sa doctrine philosophique et assez imperméable aux idées nouvelles. Le Pasteur Trocmé, en revanche, se montra très intéressé par les idées présentées dans le manuscrit, disant qu’il voyait là une question digne d’un examen approfondi.

C’est en partant de là que Jules Isaac entreprit d’écrire « Jésus et Israël ». Réfugié en 1942-43 non loin du Chambon-sur-Lignon, d’abord à l’Adret, dans une ferme assez isolée, puis à Saint-Agrève, à l’hôtel Jouve, il avait parlé à André Chouraqui, réfugié comme lui, et dont il obtint quelques indications très utiles. Le maître-livre qu’est « Jésus et Israël » ne s’explique donc en aucune façon par le drame familial qui déchira la vie de Jules Isaac, c’est bien avant qu’il en avait entrepris la rédaction. Sa femme suivit l’élaboration des deux premières parties et, souvent, elle demandait : « Comment ces choses ne sont-elles pas répandues, alors qu’elles devraient être connues de tous ? ». A Saint-Agrève, Jules Isaac écrivait ces chapitres dans une relative tranquillité d’esprit, les mesures de proscription ne le touchaient guère tant qu’il avait les siens auprès de lui. Pour l’étude des textes, il avait recours à des livres qu’il empruntait au hasard, à des curés et des pasteurs. Ce n’étaient là que des instruments de fortune, car beaucoup d’ouvrages lui manquaient qui eussent été utiles, sinon indispensables à son travail. Dans le même temps, en 1942, les Allemands se faisaient de plus en plus nombreux et la vie devenait de plus en plus difficile. Sur ces entrefaites la menace latente que j’ai évoquée plus haut provoqua la migration de la famille à Riom. Jules Isaac avait commencé la rédaction des deux premières parties sous leur forme définitive lorsque le drame familial qui brisa sa vie l’amena à abandonner momentanément son entreprise. C’est au printemps de 1943, à Levroux, qu’il se remit au travail. Là, grâce à des amis, il put disposer du texte grec des Evangiles accompagné du commentaire du Père Lagrange. Armé de ces outils, il écrivit la partie centrale de « Jésus et Israël », intitulée « Jésus et son peuple ». Cette partie était terminée au moment de la Libération.

Le rôle du Sacerdoce dans le Procès de Jésus

Restait à faire la quatrième et dernière partie : « Le crime de déicide ». Il n’écrivit cette partie qu’après une interruption d’un an, alors qu’il avait appris ce qu’Auschwitz avait fait des siens. Ainsi s’explique le caractère plus dur de cette dernière partie rédigée après la Libération, à un moment où l’auteur pouvait disposer de toutes les ressources des grandes Bibliothèques Universitaires. C’est cette partie, la plus longue, qui, sans modifier l’économie de l’ensemble, imprime son caractère à tout le livre. Depuis la publication de son œuvre maîtresse, Jules Isaac a encore beaucoup évolué. A la suite des discussions et de polémiques qui s’étaient instituées autour de son livre, il publia en 1956, « Genèse de l’antisémitisme », suivi d’une brève défense de « Jésus et Israël ». Enfin, tout récemment, « L’Enseignement du mépris », publié en 1962, marque une nouvelle étape dans sa pensée.

Ce dernier ouvrage modifie certaines vues de « Jésus et Israël », particulièrement sur la question du crime de déicide. Il ne supprime pas toute responsabilité du sacerdoce israëlite, dont certains membres lui paraissent comparables à Pierre Cauchon jugeant Jeanne d’Arc. Mais en tout état de cause, la responsabilité de quelques prêtres israélites lu semble mineure, voire insignifiante, étant donné les circonstances politiques, en comparaison de celle de Ponce-Pilate qu’il définit « pleine, entière , écrasante ». La disproportion des rôles est manifeste si, étudiant de près les récits de la Passion, surtout le quatrième Evangile, l’on constate avec lui que les rédacteurs des Evangiles ignoraient très probablement le nom de Caïphe, le Grand-Prêtre. La preuve est ainsi rapportée qu’ils tenaient pour négligeable le rôle du sacerdoce juif dans le procès de Jésus.

Au terme de cette étude, trop longue peut-être, mais encore fragmentaire néanmoins, quelques conclusions peuvent s’imposer. D’une part, ce n’est pas la déportation des siens qui a conduit Jules Isaac à rédiger le livre qui marque sa place dans l’histoire religieuse de notre temps, l’ouvrage était entrepris bien avant, né d’une illumination, d’un bouleversement intérieur chez un homme qui était étranger au judaïsme lorsque les premières mesures de persécution s’abattirent sur lui. L’antisémitisme lui apparut comme l’un des fléaux majeurs de l’histoire, alimenté aux sources empoisonnées d’une tradition religieuse défigurée. D’autre part, il acquit la conviction que la lutte contre l’antisémitisme représentait une mission sacrée à laquelle il se donna désormais tout entier. La disparition tragique des siens ne fit que renforcer sa détermination. Durant près de vingt ans, il mena une lutte incessante, dont sont premier livre demeure le symbole. Sur ce que fut et devient le résultat de ce combat, le grand public est encore insuffisamment informé. Lazare Landau



Commentaires  (fermé)

jeudi 11 mai 2006 à 21h13

J’ai 53 ans, je suis tombé sur cet article en cherchatn un souvenir d’enfance ; vers 1963-1964 j’ai fréquenté cet hôtel Jouve où ma grand-mère passait ses vacances. Et je me demandais s’il existait encore.

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