L’Europe une idée millénaire

par Elie Barnavi
dimanche 9 novembre 2008
par Nadia Darmon.H
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Les Rendez-vous de l’histoire de Blois accueillaient au mois d’octobre, d’innombrables personnalités du monde universitaire et diplomatique qui donnèrent à penser l’européanité sous toutes les focales ; Etre européen, faire l’Europe, construire son européanité, servir et se servir de l’Europe, l’Europe coupable ou victime, colonialiste et raciste, civilisatrice et humaniste...la liste fut longue, les registres déclinés à l’infini. Tels que je les ais suivis, les Européens dans le regard de l’autre ;

La Halle aux grains

2 - L’Europe une idée millénaire [1], par Elie Barnavi :

Lorsque l’on visite un site archéologique, nous découvrons les différentes couches des civilisations déposées en sédiments ; l’Europe est unique car toutes les couches se retrouvent en elle, à nulle autre pareille. L’Europe a préexisté à son édification ; si les européens ont réussi c’est qu’ils étaient conscients de bâtir sur des fondations anciennes sans pour autant qu’elles aient été uniformes. L’Europe repose sur 4 piliers selon Paul Valéry : La Grèce, Rome, l’Eglise, les Barbares. Ainsi, c’est par le cadre de la culture grecque que le judaïsme et le christianisme entrent en Europe, mais la Grèce n’éprouvait pas le besoin d’une religion universelle ni d’une mystique. Rome incarna la force nécessaire qui servit à propager excellemment l’Oeuvre grecque et l’Oeuvre juive. Passons sur les Barbares, la grande civilisation grecque puis romaine disparaissant, c’est l’Eglise qui prit la relève. L’Eglise est romaine parce qu’elle s’est coulée dans le cadre administratif et politique de Rome. Si la Rome impériale n’est pas européenne, la Rome Papale, oui ! A travers la chrétienté. Nous y voilà !

La bataille de Poitiers est décrite comme un affrontement entre l’Empereur, roi de l’Europe, contre les Arabes ; la civilisation de l’occident chrétien nait ; la chrétienté comme entité toute globale. C’est affaire de coopération entre les 2 Epées : l’Epée du Pape et l’Epée de l’empereur. Le royaume ici-bas sera sujet au pouvoir...de quoi naitront la laïcité, la tolérance religieuse.

L’Europe a organisé sa société multiple, autour des foires, des tournois, de l’amour courtois, l’université (Paris, Bologne, Heidelberg...), d’une même langue : le latin, les mêmes manuels, la même théologie. Tout circule des idées aux marchandises, de Paris à Prague, ce sont les marchands et les pèlerins qui ont dessiné la carte européenne ; bref ! Ici l’occident, là-bas l’orient. La Pax christiana bicéphale : Chrétienté et Europe renvoient à une civilisation. L’Europe carolingienne est à la base de l’Europe des six. La Russie n’y figure pas, la Hongrie et la Pologne, oui. Il y a eu St Thomas d’Aquin, Erasme ; sans Erasme pas de Voltaire. L’Europe n’est pas un idéal mais un fait établi. La Chrétienté qui importe est l’Europe : 1458, Pie II avec la Lettre à Méhémet II affirme « combien est grande la Chrétienneté en Europe ». Quant aux Grecs ils ont fait alors secession, désormais les limites sont définies par les limes orthodoxes et les limes musulmans.

Selon Comines, Livre 6, le monde est un monde de divisions, par exemple entre les français et les anglais. La conscience européenne ne viendra que postérieurement. L’Etat moderne appartient à l’Europe : La lumière ne vient plus d’Orient mais d’Occident.

Pour Sully : Comment douter de la conscience européenne qui est le fait d’une élite, mais la conscience de la Nation est le fait d’une élite aussi. Et selon Montesquieu : L’Europe est la fin de l’histoire comme l’Asie était son commencement.

Le premier empereur européen fut Philippe le Bel, puis Charlemagne et Napoléon ; ils avaient une vision fédéraliste. Napoléon Bonaparte était convaincu que l’Europe verrait le jour tôt ou tard.

Au XIX° siècle, avec le Comte de St Simon, le père du socialisme utopique, apparait dans Le Journal, la formule romantique d’Etats-Unis d’Europe que l’on doit à Victor Hugo. En 1863, c’est Proudhon qui théorise le fédéralisme européen ; conduit une réflexion sur ses frontières à l’est, en vue de concevoir son identité(...) pour construire son avenir (..).

Quant à la place de la Russie et de la Turquie ? Ce n’est pas porter un jugement négatif que de dire qu’ils ne sont pas dans les limites de l’Europe. Les peuples n’ont pas forcément le même destin ; on peut construire ailleurs une autre entité. On ne peut rien construire sans limites ; il faut un territoire définé dont on peut dire qu’il est nôtre. Cela parait important. Une frontière peut être accueillante, poreuse ; si vous voulez une maison accueillante, elle a besoin de portes et de fenêtres. Il ne faut pas tourner le dos à l’histoire, la Bosnie et l’Albanie qui sont musulmanes ont vocation à être européennes. Les Russes ne sont pas demandeurs ; ils possèdent 1/6ième des terres émergées. Cependant c’est un débat chez les russes (...) vous avez Tourgueniev qui est Occidentaliste, et Dostoievski qui est islamophile.

L’Europe est mal comprise, mal expliquée, elle est une vue de l’esprit dans la conscience sceptique des français. Malgré l’existence de la Banque Centrale, il n’y a pas de politique commune, c’est un drame. Vouloir faire l’Europe est une idéologie, on peut être souveraintiste ; si ce n’est qu’un outil, on ne la fera pas.

La Belgique se défait. Mes fonctions me permettent d’assister à ce drame. Le club de football belge se scinde en deux, on calcule le coût de la non-Belgique ; quand on en est là, c’est fini, la Belgique se meurt. Il n’y a plus de ressort sentimental et idéologique.

On peut moins bien vivre sans l’Europe, mais ce n’est pas l’essentiel.

Elie Barnavi Spécialiste du XVI° siècle français et européen, notamment des guerres de religion. Professeur émérite d’histoire de l’Occident moderne à l’université de Tel Aviv. Actuellement, directeur scientifique du Musée de l’Europe de Bruxelles. Anciennement, ambassadeur d’Israël en France.

Auteur de Les religions meurtrières (Flammarion) - Jean Frydman, tableaux d’une vie (Le Seuil) - La Révolution européenne (en collaboration avec Krzysztof Pomian, éd.Perrin).


[1] L’Europe frigide. André Versaille éditeur



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