"Israël : Existence et Essence"
Compte rendu de la conférence donnée par Emmanuel Halpérin, le jeudi 24 novembre 2005, à Belfort.
"Chers amis, ce soir je peux vous annoncer que l’Etat d’Israël n’est plus menacé dans son existence, il le fut par le passé comme par exemple lors de la Guerre des Six Jours, ou lors de la Guerre de Kippour en 1973, où le général Moshé Dayan dit à Golda Meïr "- Je pense que le troisième Temple est menacé." le troisième Temple étant après celui de Salomon, et celui d’Hérode détruit en l’an 70 de notre ère, l’Etat d’Israël. Aujourd’hui, et même si la société israélienne vit au jour le jour, depuis cinq ans, la menace d’attentats meurtriers auprès de la population, cette menace là ne peut pas remettre en cause l’existence même de l’Etat d’Israël.
Je peux aussi vous assurer que l’Etat de Palestine verra le jour.
L’Etat d’Israël est son nom dans son entier, sur mon passeport, il est indiqué State of Israël, non Israël tout court. Lorsque Théodor Herzl écrivit son livre traduit en français par "L’Etat Juif", en allemand c’était "Die Juden stadt", ce qui aurait dû se traduire par "L’Etat des Juifs", une terminologie normale à l’époque. Car les Juifs alors fuyaient les pogroms de Russie, en France l’Affaire Dreyfus ébranlait les consciences juives fraichement émancipées, en terre d’Islam, ils étaient soumis à la dhimmitude, et en 1917, la Déclaration Balfour reconnaissait aux Juifs le droit naturel à un Foyer National Juif.
Le nom d’Israël regroupe génériquement le Peuple Juif dans son ensemble et son unité identitaire. L’Etat d’Israël fut et demeure un refuge pour tous les Juifs, qu’ils fussent russes, ethiopiens, argentins, français, indiens, blancs ou noirs.
La menace qui pèse aujourd’hui sur l’Etat d’Israël est le déni de sa légitimité, et là où cette tendance s’exprime le plus fortement, c’est en France. L’idée pour laquelle le Comte de Clermont-Tonnerre est passé à la postérité, à propos de l’émancipation des Juifs tient en cette phrase : "Tout leur donner en tant qu’individus et rien en tant que Nation." Ainsi, l’appareil républicain français en même temps qu’il reconnaitra l’égalité des droits entre les citoyens français, interdira l’enseignement des langues régionales et l’expression identitaire ; de fait les Juifs n’appartiendront plus au peuple Juif, mais au peuple français. Les Juifs étant désormais étiquetés comme des citoyens français de confession mosaïque. La notion d’appartenance à un groupe défini ayant disparu, la pensée française perd l’idée qu’il y eut un peuple juif comme un peuple basque, breton ou corse, ou des langues d’appartenance régionale. Quoique après l’Affaire Dreyfus, la France se montrât favorable à l’établissement d’un foyer national juif, elle ne peut plus intégrer l’idée d’un peuple juif autre que dans sa dimension religieuse reléguée dans la sphère privée.
En conséquence, l’analyse commune à l’opinion française est d’opposer le droit du peuple palestinien au fait historique de l’existence de l’Etat d’Israël. Une telle opposition déséquilibre le débat et le dévoie. Il ne faut pas s’y tromper : Il s’agit bien d’un droit contre un autre droit, de deux légitimités sur une même terre. Nier l’existence du Peuple Juif en tant que peuple, alors qu’il est quasiment le seul au monde à avoir conservé la même langue et la même écriture depuis plus de 3500 ans, les même textes fondateurs, une histoire et un destin communs, une même religion, la même espérance d’une même terre, de la même Jérusalem..- si ça ne s’appelle pas un peuple ? - contribue à lui dénier son droit à exister sur la terre d’Israël en tant que peuple et Etat.
En 1987, j’étais conseiller culturel à l’ambassade d’Israël en France, et alors que je consultais le Larousse, quelle ne fut pas ma surprise de lire que Jérusalem était mentionnée comme la capitale de la Judée antique, de la Palestine (alors qu’il n’y a jamais eu d’Etat palestinien) et qu’elle était occupée aujourd’hui par les israéliens !! [1] Un exemple de cette propension à ce déni du peuple et du droit des Juifs.
Aujourd’hui, le peuple palestinien marche inéluctablement vers la création de son Etat, que le gouvernement israélien d’Ariel Sharon a reconnu comme un droit légitime. Mais le peuple Juif possède également avec le fait historique reconnu par les Nations Unies de l’existence de l’Etat d’Israël, le droit indéfectible du peuple sur sa terre historique et spirituelle. Il fallait le rappeler et restaurer cette vérité du droit.


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