5 – L’Europe, une passion génocidaire [1], par Georges Bensoussan :
« Comprendre c’est se méprendre du connu. » Parce que nous entrons davantage dans des sociétés séculières et laiques, nous croyons que nous sommes débarrassés des schémas religieux. Or, les schèmas religieux [2] perdurent dans les consciences, à notre insu ; les commémorations des morts, les recueillements religieux ou laiques, les minutes de silence, sont autant de « messes ».
Que sont devenus les schémas antijuifs ? Ont-ils disparu ou ont-ils muté ? Cette croyance a muté. Pour s’en convaincre, la figure du "diable juif" a été reprise par la théorie conspirationniste par exemple lors de l’attentat du 11 septembre contre les deux tours jumelles de New York ; produit d’un pseudo complot CIA-Sioniste. Le succès des livres sur les complots dévoilent cette mutation, marquée par la pensée rituelle.
Avec les Lumières, fin du XVII° siècle, la conscience bascule ; Spinoza, Descartes...trois siècles c’est peu. Nous sommes les héritiers heureux et handicapés des Lumières. Parce que élevés dans la tradition de la Raison, l’irrationnel reste dans les consciences des masses, comme par exemple l’effet du crack boursier de ces quelques dernières semaines.
Le cerveau a besoin de se nourrir de délires qui deviennent des vérités ; le mensonge devient vérité. La peur de la peur correspond au millénarisme qui n’est pas mort en plein XX° siècle. L’idée du Reich de 1000 ans est au coeur du millénarisme du XV° siècle.
Selon la formule de Marcel Gaucher : « L’humanité ne deviendra jamais adulte ». Il faut l’accepter.
La violence collective doit être évacuée. La guerre civile qui s’évacue sur le plus faible, mine la société ; la faille identitaire doit s’exprimer sur l’objet du mal, en Europe c’est le Juif. La faille identitaire se transforme en haine collectivre, focalisée sur l’objet du mal, et conduit à une catastrophe génocidaire. Ce n’est pas parce que l’Eglise est traversée par de belles figures qu’elle n’est pas nourrie d’antijudaïsme.
La mémoire est frappée d’oubli qui aide à vivre. C’est l’histoire qui nous délivre de la mémoire. Les thèses sur l’eugénisme développées à la fin du XIX° siècle,ont triomphé dans les universités allemandes, autrichiennes et suisses alémaniques, mais jamais dans les universités françaises. Dès 1920, la psychanalyse allemande à la tête de laquelle de grands médecins dont le sinistre Mengele (qui travaillait avec un nobelisable) considèrant la vie comme une enveloppe humaine vide, atteignent au seuil d’humanité qui les met sur le chemin du programme T4, et du T4 à Auschwitz.
« connaître la fin n’aide pas à comprendre le début. » (Proverbe chinois) Il n’y a aucune causalité mécaniste, la shoah était évitable. Il y a un terreau, un terrain fertile culturel, une conjonction extraordinaire et complexe ; L’antisémitisme n’aide pas à expliquer un génocide. Alors qu’il n’y a pas eu de pogroms en Allemagne à une période récente, en revanche en Ukraine les pogroms ont fait 100 000 morts au début du XIX° siècle, en Roumanie et en Russie, l’antisémitisme n’a pas de cause.
S’il n’y a pas de racines intellectuelles, culturelles, c’est inexplicable. La shoah est un événement sans précédent, une singularité, mais pas sans racines. De 1860 à 1914, s’écoulent des années laboratoires de angoisses contemporaines au cours desquelles une pensée européenne prégnante justifie la guerre ; Pour certaines élites européennes, la guerre est rédemptrice, ainsi Ernest Renan qui fait l’apologie de la guerre, pour Pierson [3] la guerre renforce la vitalité des peuples. Dès 1888, Friedrich Engels [4] doté d’une grande intelligence,annonce qu’au cours de la guerre future, 8 à 10 millions de soldats raseront l’Europe. Carnegie [5], en 1913 n’hésite pas à parler de guerres d’extermination de civils et de militaires confondus. Alors qu’en 1905, la guerre russo-japonaise n’hésite pas à utiliser le gaz. Il relève de la même logique intellectuelle s’agissant du génocide des Arméniens, le 22 avril 1905.
Dès le premier jour de la bataille de la Somme, les anglais compte 20 000 victimes, les français comptent 800 morts par jour, tandis que les Allemands en ont 1200 par jour.
Indéniablement, l’historien Georges L.Moss [6] constate la brutalisation de la guerre à partir de 1914, favorisée par l’industrialisation. Les mondes stables ont été anxiogènes en se désintégrant. La violence habitent les jeunes de 20 à 30 ans. La vitalité démographique est corrélée par le génocide ; il faut faire de la place. En 1920, l’Europe est jeune. Avec la laicisation du cadre de la société, la « mort de Dieu » et la négation du message biblique, la personne humaine est désacralisée ; la croyance fondamentale en Dieu dans le message de la Torah, est de réfreiner la violence, pour les croyants comme pour les non-croyants.
Robert Antelme, rescapé de Buchenwald écrit : « D’un homme, ils n’ont pas réussi à faire autre chose qu’un homme ! »
Un grand nombre d’intellectuels sont fascinés par la violence et la guerre, le fascisme a séduit les plus « machistes » d’entre eux ; dès qu’il y a un régime fort, ils courent ! Aujourd’hui, on assiste à une fascination de l’islamisme sur les intellectuels de gauche, incarnant le parti du faible et du pauvre. Quant à la question du kamikaze, on observe un discours génocidaire de la part du Hamas palestinien, mais pas chez les Palestiniens dans leur ensemble. Tout cela n’est pas nouveau, déjà en 1900 en Iran, les Chiites souhaitaient se débarrasser des Juifs, des Chrétiens, des Zoroastriens ; reportons-nous aux archives de l’Alliance israélite universelle : les Juifs doivent disparaître de la terre.
L’esclavage est le premier crime contre l’humanité. Le premier génocide concerne les Herreros en Namibie, en 1905, perpétré par les Prussiens. En 1902, les Américains se rendent coupables de massacres aux Philippines. Le génocide ne procède pas du colonialisme, mais le colonialisme a élevé le niveau de violence. Enfin, notons que les généraux franquistes étaient jeunes officiers à Cuba, où ils avaient ouvert les premiers camps de concentration en 1898.


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