La Matsah au centre du questionnement de Pessah !

Ronde ou rectangle, industrielle ou "chemourah", en quoi la matsa ou pain azyme symbolise-t-elle plus que tout autre élément, la sortie d’Egypte des Hébreux ? Pourquoi a-t-elle été choisie, elle et pas une autre représentation ?
Si l’on souhaite évoquer un exil, on peut utiliser la représentation d’un balluchon, des chaussures ou des poches percées, un bateau qui s’éloigne ou une maison qui prend feu. En l’occurence, rien de tout cela n’aurait pu satisfaire nos rabbins.
Le repas du séder nous propose d’évoquer par les herbes amères et le ’haroset, l’amertume de la servitude, par l’oeuf le deuil et la renaissance, par l’os le sacrifice de l’agneau pascal...en chantant... mais la matsa donne une autre dimension à la/notre sortie de la Maison d’esclavage, elle propose une réflexion sur la notion de temps à plusieurs degrés depuis le point zéro, le plus rustique, pour parvenir au point le plus sophistiqué de sa projection ; d’abord celui très court qu’il a fallu pour partir sans avoir le temps de faire lever la pâte. Ce partir sans retour, sans se retourner, vite et déterminé, la gorge serrée et la peur au ventre, tous les Juifs ont connu cela, un jour, une nuit.
Ensuite, la notion de durée, celle nécessaire au levain pour que la pâte soit belle et bonne à la cuisson. Ce temps stable et généreux, où l’on donne le temps au temps, celui d’humecter la pâte et de la travailler, de la couvrir et de la respecter.
S’ensuit, l’idée de perfection du pain élaboré, moelleux, doré à souhait, celui de l’homme libre et épanoui qui mange à satiété, en regardant le ciel avec bonheur, et sa femme avec reconnaissance (et réciproquement).
J’y vois le processus d’élaboration d’un homme, d’un peuple, d’une nation, depuis son point zéro à son zénith en élaboration. Une réfléxion valable pour tous.
Pourquoi la matsa est-elle si importante huit jours dans l’année, chaque année de notre vie ? Pourquoi faudrait-il déployer tant d’énergie pour supprimer toute trace de levain, et retourner en ce temps ancien du point de départ de l’histoire des Juifs ? Pourquoi manger du pain de misère serait-il déterminant dans notre devenir ?
La fête de Pessah’ est comme le Deutéronome, elle récapitule chaque année un processus, une/notre histoire, et nous ouvre une voie, un nouvel horizon. Nous refaisons le chemin parcouru pour mieux apprécier celui qui reste à parcourir, dans l’élaboration de notre pain quotidien.
Cette semaine, Pessah’ nous habite. Bonne réflexion à tous !
Photo : Pessach Haggada 1729, Bordeaux.

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