Camp de concentration pour femmes de Ravensbrück

"Crevez les mains de la mémoire..."
mardi 30 novembre 2004
par Nadia Darmon.H
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A sa brutalité dans une atmosphère étrange, nous restons silencieux, nous imaginons les punitions et les hurlements qui trouaient le noir...

Camp de Concentration pour femmes de Ravensbrück

Allée des fusillé(e)s au camp de femmes de Ravensbrück

APPEL AUX MORTES

,

« Battez tambours Crevez les mains de la mémoire Rampez les parois du barrage où se heurte le flot des morts Battez tambours

Que l’autre côté du décor affiche au jour le froid le givre et la neige au petit matin qui figent la peur et les mains La nuit voûtée pesante lasse Des hurlements qui trouent le noir

Nous Indivises Battez tambours Pour les mortes et pour les vives Sculptures mémorielles du camp de femmes de Ravensbrück Qui enfin se brise Le mur qui nous sépare Battez tambours Attention la digue s’est écroulée Voici que nos morts arrivent. »

Anne-Marie Bauer, Poème affiché dans la Cellule « France » de la prison du camp de Ravensbrück

Notre visite
- Nous sommes arrivés dans l’après-midi au village de Ravensbrück que nous avons traversé pensant trouver la direction du camp sur la route, à travers une forêt dense et si feuillue que nous ne voyions pas à vingt mètres. Nous avons dû faire demi tour car le panneau indicateur que nous avions manqué est juste à la sortie du village à droite et encore à droite, la route est bordée de petites maisons fleuries jusqu’à hauteur de vue du camp. La carcasse désaffectée d’un supermarché jouxte les maisons.

Le parking est vide, le ciel est gris en cette fin août 2004, et immédiatement nos pas nous conduisent vers un site commémoratif hors du camp mais contiguë, au bord du lac de Schwedt. De là où nous nous trouvons, nous apercevons le village et le clocher de son église à l’autre bout du lac.

Le mur d’enceinte d’origine du camp rappelle par une plaque, les 20 pays concernés par la nationalité des détenues assassinées, devant un parterre de roses recouvrant la fosse commune utilisée par la SS. Une seule colonne surmontée d’une coupole sur le même modèle qu’à Buchenwald, doit servir à allumer des flammes de la mémoire. Tout proche, l’entrée du crématoire. Encore une fois, le site commémoratif est hors du camp, car celui-ci a servi après guerre, aux soviétiques.

Nous approchons d’un autre mur d’enceinte par delà duquel nous apercevons les baraquements Siemens et Halske.

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baraques Siemens, camp de concentration de Ravensbrück

Siemens et Halske firent construire 20 halls de production, dans lesquels les détenues sélectionnées étaient contraintes de travailler au profit principalement de l’industrie de guerre allemande. JPEG - 23 ko

Chemin Siemens au camp de femmes de Ravensbrück : sculpture Les conditions de vie de ces détenues n’étaient pas meilleures que celles qui n’étaient pas triées pour y travailler. La sculpture d’une créature mi-femme mi animale, me semble-t-il, est plantée devant nos yeux, représente-t-elle la bestialité ou la servilité ? le point zéro de l’humain.

- C’est la SS qui fit construire en 1938 le camp de concentration de femmes de Ravensbrück, par les détenus du camp de concentration de Sachsenhausen ; Le seul camp sur le territoire allemand destiné à la « détention préventive » des femmes. Les 1000 premières femmes vinrent en 1939 du camp de Lichtenburg.

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crématoires du camp de concentration de Ravensbrück

Dès notre entrée, nous ressentons une impression étrange ; le camp est désert, sans aménagement, il semble être resté en l’état, peut-être plus authentique, plus brutal. Le sol du camp est recouvert de débris de charbon de bois, petites pierres trouées et noires que les détenues devaient apporter et agglomérer à l’aide d’un rouleau de béton. Ces pierres sous les pas des détenues, fumaient l’été, coupaient l’hiver et provoquaient de graves lésions de la peau.

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Les différents bâtiments ne sont pas ouverts à la visite pour l’instant. Nous entrons dans la prison du camp appelé par les détenues le « Bunker », dans lequel fut aménagé un premier musée en 1959, puis il fut transformé en 1980 en « exposition des Nations ». Chaque cellule a été attribuée à un pays libre de la concevoir et de la personnaliser.

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Cellule Bulgarie

Ces cellules de 3 m sur 4 m, pouvaient accueillir jusqu’à vingt détenues debout.

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Cellule Italie

La cellule « France » nous paraît pauvre et dénudée, peut-être négligée.

Une salle d’exposition donne le portrait saisissant de certaines surveillantes chef du camp, particulièrement cruelles. Je n’ai pas résisté à l’envie de noter l’un des portraits : Dorothea Binz (1920-1947), entrée aux SS à 19 ans. Surveillante chef du camp, SS - Aufseherin im K2 Ravensbrück - Exécutée en 1947 après un procès (1946/47) à Ravensbrück. Dorothéa Binz avait un visage d’ange ! Est-ce parce qu’il s’agissait de femmes et de leur jeunesse, que j’en ai été bouleversée ?

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La prison du camp de concentration de Ravensbrück

Je fus frappée aussi par l’exposition de dessins signés Edith Kiss, chacun d’entre eux évoque le sadisme de ces femmes sur d’autres femmes, les bagarres entre détenues, la faim et le froid... les légendes parlent d’elles mêmes : 1- La déportation commence par une marche. 2- Dans le wagon. 3- Appel. 4- Travail à l’usine. 5- La fatigue. 6- Repas après le travail. 7- Deux prisonnières. 8- Travail. 9- Bataille pour une pomme de terre. 10- « Tu as faim ? tiens ». 11- Au lavabo. 12- Querelles de prisonnières. 13- Au chantier de terrassement. 14- Que se passe-t-il chez nous ? 15- La punition. 16- Distribution de la soupe. 17- La soupe. 18- Un petit « jeu ». 19- La nuit. 20- Passage à la chambre à gaz.

Sans y mettre une hiérarchie quelconque dans les sévices et exactions commises dans les camps, il me semblait qu’à Ravensbrück les expositions et les témoignages n’évoquaient pas tout à fait les mêmes choses et pas de la même manière. Ici, il est question de femmes enceintes ou accouchées, de nourrissons, d’enfants, d’expérimentations médicales qui ajoutent encore à l’horreur, l’horreur.
- 375 femmes accouchèrent dans le camp, aucun enfant ni aucune mère ne survécut. Ils mouraient de faim et d’épuisement. Les mères étant obligées de reprendre le travail aussitôt accouchées.

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- « Entre 1939 et 1945, 132 000 femmes et enfants, 20 000 hommes et 1000 adolescentes du « camp de protection pour jeunes » d’Uckermark y furent enregistrés comme détenus. Les hommes et les femmes déportés à Ravensbrück provenaient de 40 nations différentes ; parmi eux se trouvaient également des juifs et des Sinti et Roma. Des dizaines de milliers furent assassinés, moururent de faim, de maladies ou furent victimes des expérimentations médicales. Après la construction d’une chambre à gaz à la fin de l’année 1944, les SS firent gazer entre 5 000 et 6 000 détenus à Ravensbrück. En outre, de nombreuses femmes, surtout des juives, furent victimes de l’action spéciale « 14 f 13 » pour la destruction des vies inutiles » ou assassinées par injection de Phénol.

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Peu de temps avant la fin de la guerre, près de 7 000 détenues avaient pu être transportées en Suisse et en Suède, et ce grâce à l’aide de la Croix-Rouge Internationale, Suédoise et Danoise. Les SS entraînèrent sur les « routes de la mort » des dizaines de milliers de femmes restées dans le camp en direction du Nord-Ouest. Le 30 avril 1945, l’Armée Rouge (49ième Armée du 2ième front russe blanc) libérait les quelques 3 000 malades laissées sur place (dans la prison). Entre 1938 et 1945, 132 000 femmes et 20 000 hommes y furent déportés. La Libération ne put mettre un terme à la souffrance de tous, femmes, hommes et enfants ; nombreux furent ceux qui moururent dans les semaines qui suivirent la libération. Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui encore, souffrent des séquelles de l’internement concentrationnaire. » (Source : www.ravensbrüeck.de/mgr/francais/index.htm)Tout ce qui à trait à la mémoire du camp de Ravensbrück met l’accent sur les destins des femmes détenues, ainsi sur la « Place d’appel » d’immenses portraits nous regardent, tandis que l’ancienne « Kommandantur » SS, qui a servi aux soviétiques jusqu’en 1977 à des fins militaires, a été réaménagée en hall d’exposition « Ravensbrück, topographie et histoire du camp de concentration pour femmes » datant de 1993.

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portraits de détenues,
camp de Ravensbrück
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Il semble que cet aménagement soit encore provisoire.

Des dépendances utilisées par les SS, servent également de hall d’exposition, une première exposition nous surprend tant elle nous donne l’impression d’être antérieure à la chute du mur de Berlin, musique y compris. Une deuxième exposition montre les nombreux travaux effectués dans le cadre scolaire par différentes écoles de la région.

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Nous étions seuls, et soudain nous eûmes le sentiment que le gardien allait nous enfermer, l’heure étant l’heure, notre visite devait prendre fin. « Après que les troupes de la CEI eurent quitté le site au mois de février 1994, on ouvrit au public l’entrée et la première rue du camp à l’occasion des cérémonies du 50° anniversaire de la libération. D’autres étapes vont suivre. L’objectif est de consolider et de sauvegarder le caractère historique des quelques édifices d’origine et de chercher d’autres vestiges, avec l’aide des survivants. »

Parmi les objectifs du Mémorial, « il y a l’encadrement des groupes scolaires et de jeunes, ainsi que la mise au point de méthodes de travail permettant la transmission du passé historique... » des exposés, visites guidées, séminaires. C’est aussi un lieu de recherche, et d’archivage, « un lieu d’apprentissage actif et un lieu de rencontre. »

Il était clair que le camp de Ravensbrück n’a pas fini d’être aménagé à la visite, il doit témoigner de tout les documents qui n’ont pas été encore exhumé, ou exploité, par tous les édifices encore debout et fermés.

Borne d'indication du camp de Ravensbrück Les enfants n’ont pas exprimé un mot de lassitude. Nous quittions cet endroit, avec un étrange sentiment de malaise, sur ces mots inscrits dans une des cellules (Belgique) : « ...La consternation dépasse la douleur commune....L’humanité est devenue pour elle-même son plus grand problème .. » (Amnesty International).

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lac et village de Fürstenberg

Il était tard, nous reprenions la route en direction de Lübeck, ville Hanséatique.



Portfolio

chemin Siemens, camp de concentration de (...) Les roses ont remplacé la fosse aux cendres JPEG - 38 ko

Commentaires  (fermé)

dimanche 14 septembre 2008 à 10h55

...parce que tu ne vois dans les femmes justement que des épouses et des mères. Vision fallacieuse et grotesque. La femme n’est pas l’avenir de l’homme, c’est un homme comme les autres.

Logo de Romain Gorgol
mardi 26 juin 2007 à 18h05, par  Romain Gorgol

Apparaissant comme le seul camp de concentration presque exclusivement composée de prisonnières, le camp de Ravensbrück m’a particulièrement intrigué tant il semble cultiver les paradoxes : A l’image de ces austères baraquements qui portent le nom de Blocks, situés au coeur d’une région pourtant couverte de forêts et de lacs. Ou encore, ces infirmières-gardiennes aux visages d’ange mais dont l’âme a perdu leur dernier vestige d’humanité. Bien sûr, on y retrouve le lot de tous les déportés de guerre : esclavage, froid et faim, comme autant de compagnons de douleur... Quand ce ne sont pas les coups et les expérimentations sadiques...
Mais ce qui m’interpelle le plus à Ravensbrück, c’est la question de savoir comment des épouses et des mères, comment ces femmes qui connaissent le prix d’une vie, comment ont-elles pu brûler, noyer et éventrer des nouveaux-nés sans l’ombre de la moindre compassion ?

Logo de Céline Roy
jeudi 27 juillet 2006 à 21h07, par  Céline Roy

Merci pour votre courage et pour me permettre de voir un peu à travers vos yeux car je ne pourrai jamais me rendre pour voir par moi-même. Merci de me permettre de communier à ce qu’ont vécu mes frères et soeurs et ainsi me permettre d’apprécier ce que m’apporte la vie. Céline R. Québec. Canada.

Site web : Judaïques Cultures

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