Un chabbat en Avignon

- Candélabre
- Synagogue d’Avignon
C’était au mois de mai 2004, mon mari avait choisi un petit hôtel au centre d’Avignon et près de la synagogue. L’hôtel semblait être classé aux monuments historiques, son architecture intérieure m’intriguait, d’un style un peu colonial et mauresque, un décor "Kitch" de fleurs et de poupées, et un accueil agréable. Comme nous étions les premiers le matin à déjeûner, c’était la patronne qui nous servait, avec un accent qui m’était familier. A mon mari je disai que je lui trouvai un accent israëlien, il me répondit qu’il ne fallait pas les voir partout ! (pour la petite histoire, j’avais raison !)
Chabbat matin, nous sommes allés à l’office, place de Jérusalem. La synagogue est flanquée d’un dôme central qui surprend, lui donnant une forme pentagonale de l’extérieur. C’est suite à incendie en 1844, qu’elle fut rebâtie ainsi.

- Galerie des femmes
- Sous le dôme de la synagogue d’Avignon.
Invités à participer à un cours en fin
d’après-midi, nous sommes retournés et ainsi nous avons pu prendre quelques photos et faire connaissance avec cette communauté ancienne, du Comtat Venaissin.
L’arrivée des Juifs en Avignon date du 1er siècle après la destruction du second Temple de Jérusalem. La première Carrière date du Ier au XIII° siècle, située face à la Cité des Papes, à l’emplacement actuel de la rue "Vieille Juiverie".
La deuxième carrière juive date de 1221, place de Jérusalem et la rue Jacob rappellent ce passé par l’emplacement de la synagogue actuelle et quelques vestiges.
A partir du Concile d’Avignon de 1326, les Juifs étaient astreints au port de la rouelle jaune cousue sur leur vêtement, à l’endroit du coeur, et large de quatre doigts.
C’est la date de 1348, qui marque un tournant dans l’histoire des juifs de cette cité, acquise par les autorités du Pape, les Juifs deviendront sous leur protection, "les Juifs du Pape", jusqu’en 1791, date de leur émancipation.
"Le pape Clément VII, fit remplacer au XVI° siècle, la rouelle par un chapeau jaune pour les hommes et pour les femmes par une cocarde de la même couleur, en provençal le pécihoum, le patarassoun ou le guenillon à épingler sur leur coiffure, toute contravention étant passible d’une amende de 200 écus d’or..." Par la suite, l’autorisation de port exceptionnel d’un chapeau noir (hors des lieux habités), ou bien le chapeau noir couvert d’un rond jaune, et autres variantes se monnayèrent jusqu’à aboutir sous la Révolution à un reproche qu’on fit aux Juifs de vouloir y échapper à tout prix !
Les Juifs du Pape portent des noms de localités voisines, faisant parties du Comtat Venaissin ou non, on trouve des : Beaucaire, Vallabrègue, Bédarrides, Carcassonne, Cavaillon, Crémieux,Lunel, Meyragues, Monteux.
Le plus célèbre des savants Avignonnais était Lévi Ben Gerchon, né à Bagnols sur Cèze, en 1287 et mort en 1334. Il défendit Maïmonide et rédigea le "Milhamot Hachem", les combats du seigneur.
" Les belles Juives d’Avignon"
Extrait de : "JUIFS du Languedoc, de la Provence et des Etats français du Pape" de Armand Lunel, éd : Albin Michel.
"Avignon, la Ville sonnante de Rabelais et la Sentine de tous les vices d’après Pétrarque, avec le faste de la Cour du Pape et de se cardinaux puis de son Vice-Légat et un succession ininterrompue de solennités religieuses, de processions, de défilés, de cavalcades, de bals, de réceptions de souverains et d’ambassadeurs, était alors une ville cosmopolite de plaisirs, de frivolités, de galanteries, d’aventures et de contrebande, un refuge international offrant aux proscrits les plus illustres ses maisons de jeux et de rendez-vous. Et les Juifs eux-mêmes, dans cette atmosphère somptueuse et frelatée, ont pu oublier parfois le devoir de méditer sur leur sort, de se replier en profondeur sur leurs traditions. L’élégance et la grâce de leurs femmes allèrent jusqu’à prendre la forme d’un thème littéraire : la chaleur du regard ombragé par de longs cils et cette carnation pareille à du rose fixé sur de l’or. Stendhal, comme il l’a noté dans ses mémoires d’un touriste), de passage à Avignon le 15 juin 1837, probablement sur la place de Jérusalem, tomba en extase devant "les yeux vraiment orientaux d’une dame israëlite qui faisait ses emplettes dans une boutique". Or, il ne reprenait là qu’une remarque du docte archéologue Louis Millin, auteur en 1807 d’un Voyage dans le Midi de la France où il consigne : " Aujourd’hui les Juifs ne forment plus une caste particulière et leurs femmes ne se distinguent des Avignonnaises que par leur étonnante beauté." Et Millin relayait à son tour le brave Antoine-Pierre Béranger qui, en 1786, dans ses jolies Soirées provençales, écrivit à propos d’Avignon : " J’ai admiré ses remparts, ses promenades, ses belles juives." Et avant, bien avant Béranger, il y avait eu, le premier pour attacher le grelot, Voiture, qui en 1642, dans une Epître à Monsieur Arnauld, tout en donnant la préférence à la Chrétienne, ne se montre pas insensible aux charmes de la Juive :
"Je voyais les Juifs d’Avignon. Or bien qu’eux et leurs Juives eussent Quelques agréments qui me plussent, Pour vous le faire au vrai savoir, La Chrétienne est plus belle à voir."
Et à la même époque enfin, pensons à ce jeune Monsignore osant, paraît-il, chuchoter dans un salon : " Qui de nous ne voudrait aller en enfer si nous devions y retrouver les filles d’Abraham ?"
Mais à Carpentras, climat et milieu combien différents ! C’est ici, dans une petite ville plus alpestre que rhodanienne, plus rustique, plus provinciale, que put s’élaborer le véritable esprit du Judaïsme comtadin. Les rituels des Quatre Saintes Communautés n’avaient besoin que d’une approbation, mais c’était celle des Rabbins de Carpentras ! Oui ! à Avignon les plus belles Juives ! A Carpentras, métropole religieuse, les plus sages lecteurs de la Loi ! L’antique capitale du Comtat Venaissin fut la secrète Jérusalem du Midi de la France."



Commentaires