Pierre Dreyfus-Schmidt, maire de Belfort

jeudi 31 mars 2005
par Nadia Darmon.H
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"LIBERATEUR DE SA VILLE"

"Le maire de Belfort était parmi les libérateurs de sa ville. De la ligne Maginot aux Vosges, en passant par l’Afrique du nord et l’Italie, l’itinéraire de Pierre Dreyfus-Schmidt."

"Avec son calot légèrement penché, ses éternelles lunettes rondes, sa longue capote et ses guêtres kaki, plus que la satisfaction du devoir accompli, plus que le retour tant attendu dans sa bonne ville, c’est une énorme et intense émotion qui étreint Pierre Dreyfus-Schmidt, en ce dimanche 26 novembre 1944 qui voit Belfort fêter ses libérateurs.

Après six jours de combats intenses, acharnés, meurtriers, justifiants son appellation, la cité du Lion a sorti ses griffes et définitivement chassé l’occupant, l’Allemand.

Cette libération, Pierre Dreyfus-Schmidt l’attend depuis quatre ans, quatre longues années de galère et d’aventure, de désespérance et d’espoir.

Quand éclate le 3 septembre 1939 une guerre qui ne le surprend pas, Pierre Dreyfus-Schmidt est depuis quatre ans maire de Belfort, un maire jeune puisque ce Belfortain "pure Miotte" n’a que trente-trois ans quand il succède à Henri Baudin à la tête de la cité.

Premiere magistrat d’une ville importante, Pierre Dreyfus-Schmidt pourrait bénéficier d’une affectation spéciale. Mais cet homme de conviction n’entend pas être un privilégié. Militant d’une gauche patriote, fidèle à des idéaux hérités de l’armée de la Révolution, il est à sa demande affecté dans une unité combattante. Ce sera la ligne Maginot où, lieutenant puis capitaine, Pierre Dreyfus-Schmidt commande la 1ière compagnie de mitrailleurs du 171° régiment d’infanterie de forteresse, stationné à Sierentz dans le sud du Haut-Rhin.

Le 10 mai 1940, la brutale attaque des panzers allemands surprend l’état-major français. Le front est brisé dans les Ardennes et la ligne Maginot prise à revers. Evacuant les casemates pour ne pas être encerclé, le 171ième se replie sur les Vosges en remontant la Doller. Mais les Allemands sont déjà dans la trouée de Belfort et le 19 juin, lors d’une des dernières batailles de cette première phase de la guerre, les hommes du 171° sont sévèrement accrochés par l’ennemi à Sentheim.

"LE MAIRE EST PRISONNIER DANS SA PROPRE CITE"

Blessé, Pierre Dreyfus-Schmidt est fait prisonnier puis, par Cernay et Fribourg envoyé à Neuf-Brisach. Vidée de sa population, la ville est devenue un gigantesque camp de prisonniers. L’armistice signée, des contacts sont noués avec la famille et les amis notamment Hubert Metzger premier adjoint, en charge de la cité depuis le départ du maire. Arrivé le 28 juin, Pierre Dreyfus-Schmidt quitte Neuf-Brisach un mois plus tard le 28 juillet 1940.

Après une marche, direction Colmar, c’est l’embarquement dans un train de marchandises dont la destination est Belfort. Une demi-surprise pour Pierre Dreyfus-Schmidt informé par une rumeur. Une surprise et un paradoxe. Enfermé à la caserne Bougenel, le maire est prisonnier dans sa propre cité.

Même si les Allemands l’ignorent, cette situation ne peut durer. Les théories racistes, la politique antisémité du régime nazi font peser de graves menaces sur le maire et sa famille. Souffrant, Pierre Dreyfus-Schmidt profite d’un passage à l’hôpital et la complicité d’un solide réseau d’amitié pour s’échapper. Font partie du complot des fidèles, embryon d’une future résistance belfortaine : Gabrielle Géhant, René Maudrux, Mme Schumacher, Roland Courvoisier. Ce dernier transporte dans sa camionnette de livraison le maire évadé jusqu’à la ferme Monnot (à Delle) d’où il gagne la Suisse.

C’est ensuite le passage en zone libre et l’installation à Castres où Pierre Dreyfus-Schmidt fait venir sa femme et ses deux fils. Une courte pause et parenthèse refermé, quand en novembre 1942 les Allemands envahissent la zone libre. Engagé dans le groupe de résistance du général Royer, Pierre Dreyfus-Schmidt de par ses origines israélites est menacé. Ne pouvant combattre de l’intérieur, il décide de rejoindre la France Libre. Après un passage des Pyrénées effectué dans des conditions épouvantables, il est arrêté par la police Espagnole et enfermé dans le sinistre campt de Miranda. Mais l’homme a trop faim de liberté et d’action. Il s’échappe une nouvelle fois et rejoint à Alger les armées de la France Libre. Affecté à sa demande et en mémoire de son père au 1er régiment de la Légion étrangère, il participe au sein de la 4ième division marocaine de montagne à la campagne d’Italie.

En août 1944, c’est le débarquement en Provence et la chevauchée de la 1ière armée Française vers Lyon puis Besançon. Une offensive éclair, qui faute d’approvisionnement s’arrête à quelques kilomètres de Belfort. Entre temps le capitaine Dreyfus-Schmidt a été reçu par le général De-Lattre. Le patron de la 1ière armée l’intègre immédiatement dans son état-major. "Votre place est à nos côtés, Belfort a besoin de vous". De-Lattre sait déjà qu’il n’attendra pas le printemps pour reprendre une offensive dont Belfort estle premier objectif. Avoir dans son équipe le premier magistrat est un atout important à la fois pour libérer la cité du Lion et pour mettre en place une nouvelle administration.

Une mission à laquelle le capitaine Dreyfus-Schmidt, détaché spécialement sur ordre du général de Lattre, se consacre dès le 23 novembre. Cette fonction de maire est confirmée par le Comité Départemental de Libération puis par les Belfortains, qui aux élections municipales d’avril et mai 1945, plébiscitent Pierre Dreyfus-Schmidt.

Démobilisé depuis quelques mois, le capitaine a quitté l’uniforme mais il est prêt à livrer et gagner une nouvelle bataille, celle de la reconstruction de sa ville."

René Grillon, article paru dans "le Pays" du 21 novembre 2004.

A Castres encore en zone libre, Pierre Dreyfus-Schmidt avait retrouvé sa famille et repris son métier d’avocat. Lorsque les Allemands envahissent la zone libre en novembre 1942, après le débarquement des Américains en Afrique du Nord, Pierre Dreyfus-Schmidt décide de rejoindre la France Libre, et avant de prendre le chemin de l’Espagne, met à l’abri sa famille "à Megève dans un maison d’enfants dont la directrice a des attaches à Belfort." La séparation durera deux années.

Biographie établie par "Le Pays" :Pierre Dreyfus-Schmidt : (1902-1964), naissance à Belfort de Pierre Dreyfus-Schmidt, fils d’Isaac Dreyfus, voyageur de commerce et de Rachel Schmidt. 1913-1928 : Etudes secondaires au Lycée de garçons de Belfort (actuellement lycée Condorcet), puis faculté de droit, et inscription au barreau de Paris. 1929 : à la demande d’Edouard Lévy-Grunwald maire de Belfort et ami de la famille, retour à Belfort, élection et entrée au conseil municipal comme adjoint. 1935-1939 : Maire de Belfort. 1939 : affecté à sa demande au 35ième RI, lieutenant puis capitaine. novembre 1940 : fait prisonnier à Sentheim. Captivité à Neuf-Brisach puis à Belfort. Novembre 1942 : passage en Espagne puis en Afrique du nord. 1943-1944 : Campagne d’Italie puis de France. 1945 : maire de Belfort, puis député à l’assemblée constituante. 1946-1951 : élection à l’assemblée législative. 1956-1958 : député. 1958 : élu pour la troisième fois maire de Belfort après le dècès d’Hubert Metzger. 4 juillet 1964 : décès à Belfort du maire Pierre Dreyfus-Schmidt.



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