Emancipation des Juifs

Les hommes et les débats de cette accession à l’égalité des droits.
vendredi 26 novembre 2004
par Nadia Darmon.H
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IL reste intéressant de se reporter aux idées et aux hommes qui ont compté dans la marche vers cette émancipation.. Cet aperçu historique n’est pas exhaustif, vous pouvez le compléter...

Emancipation des juifs

 :

1) Les Idées qui ont prévalu : La fin du XVIII° siècle dit Siècle des Lumières est marqué d’un événement majeur dans l’histoire des juifs en Europe ; l’émancipation des juifs est le résultat de débats politiques houleux, de confrontations d’idées conservatrices et révolutionnaires, philosophiques aussi. Son histoire s’associe également à celle de l’émancipation des Protestants en France, à l’abolition de l’esclavage, du servage (Russie), et de la réforme du cadastre. L’égalité entre les individus est en marche inexorablement.

a) Les Maskilim : « Dans les débats qui font rage à la fin du XVIII° siècle et au début du XIX° siècle, concernant l’égalité des droits à donner aux juifs et leur intégration dans la société européenne, la plupart déclarent que les juifs doivent être « réformés » et « se rendre utiles , alors que d’autres considèrent leur « amélioration » comme la conséquence de l’égalité...Dans plusieurs pays, des mesures sont même prises pour imposer une « amélioration » anticipée tels que l’Edit de Tolérance décrété par l’empereur Joseph II dans l’empire des Habsbourg (1781), » Malesherbes ministre sous Louis XVI envisage (sans le réaliser) d’intégrer tous les non catholiques à l’inscription à l’Etat civil (1785) -« le Décret infâme » (1808) de Napoléon Bonaparte - et la Loi sur l’éducation des Juifs ordonnée par le roi Guillaume 1er des Pays-Bas (1817). »

C’est au début de 1760 que prend naissance le mouvement d’émancipation des juifs, les intellectuels juifs du mouvement (maskilim) jettent les bases de la « réforme » ; les juifs doivent « se rendre utiles » et leur utilité les « améliorera » par voie de conséquence. C’est l’argument principal avancé en faveur de l’égalité. Les maskilim s’opposent au Yiddish et prônent la langue nationale et l’hébreu biblique, ils déclarent le pays de résidence comme leur pays et non comme un lieu d’exil. Parmi les intellectuels juifs des Lumières ou parmi de riches femmes juives, beaucoup tenaient salon comme à Berlin, Moïse Mendelssohn ou Henriette Herz (épouse du physicien) afin de changer l’image des Juifs dans la société non juive ; « une éducation générale laïque, servant de base commune ».

En Allemagne, c’est Moïse Mendelssohn le « Socrate de Berlin » qui sera le chef du mouvement de pensée de la Haskalah, les Lumières juives. Mais, l’impatience des juifs allemands à entrer dans la société et y gravir les échelons de la reconnaissance et parfois de la gloire (Henri Heine), provoqua bien des conversions d’intérêt social. Moïse Mendelssohn prônait la fidélité inconditionnelle à la loi juive et une vie sociale égalitaire. Peut-être son erreur a-t-elle résidé dans son adhésion à la théorie de Wolff selon laquelle il existait une « religion naturelle » affirmant « l’existence de Dieu, sa providence et l’immortalité de l’âme » qui suffisait à transcender les frontières religieuses. Voir article Moïse Mendelssohn.

En France, « Le rabbin Samson Raphaël Hirsh (1808-1888) pensait qu’on devait moderniser le judaïsme et adopter le meilleur des valeurs culturelles mondiales mais il rejetait l’approche des intellectuels des Lumières. Dans son essai intitulé Dix-neuf lettres sur le judaïsme (1836), Hirsh esquissa à grands traits le portrait de l’homme juif idéal : « Un Juif éclairé qui observerait la loi juive orthodoxe . » Hirsh souhaitait une émancipation des Juifs et non du judaïsme.

En Russie, la Haskalah n’entraîne pas de conversions, c’est la devise de Jehudah Leib Gordon qui prévaut : « Sois un homme à l’extérieur et un Juif dans ton tabernacle. »

b) Raison et Utilité : « La société chrétienne accuse les Juifs de se limiter à des professions peu productives : colporteurs et usuriers. Les attributs négatifs associés à ces métiers par les chrétiens - avidité et malhonnêteté - sont considérés comme typiquement juifs. Quelques intellectuels juifs des Lumières font appel à d’autres Juifs, en particulier à la grande masse des pauvres afin qu’ils s’acheminent vers un travail productif. Car, l’idée d’émancipation trouve sa racine dans le mouvement selon lequel la Raison et l’Utilité forment une conception de la société. A cette fin, chaque individu est libre d’accepter ou de rejeter le « Contrat Social », « l’invitation au banquet social » de la Nation auquel les Juifs et les Protestants étaient conviés. Ce « Contrat Social » sera fixé par la promulgation à l’Assemblée Nationale française, de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, le 26 Août 1789, dont l’article 10 : « Nul de doit être inquiété pour ses opinions même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

Les trois communautés juives de France (Bordeaux, Alsace, Comtat Venaissin) et celle de Paris ont déposé à l’Assemblée Nationale trois mémoires, celui de Paris affirme son loyalisme par un texte dont extrait : « Nous avons une religion différente de celle qui domine en France. Nous sommes attachés à cette religion. Mais cet attachement même parle en notre faveur. Il nous sert aujourd’hui de caution. Il garantit que nous serons fidèles à notre serment ; car l’attachement à un culte quel qu’il soit, a des effets bien plus salutaires que l’indifférence. Notre religion sera notre guide de toutes les actions de notre vie ; elle sera notre frein au milieu des passions qui pourraient nous égarer ; et si elle n’est point entre nos mains un moyen de trouble et de discorde pour la société, il est bien plus utile pour cette société de nous laisser notre religion, que de nous voir indifférents à en pratiquer les cérémonies. Or le passé doit répondre de l’avenir. Nous n’avons jamais troublé, nous ne troublons point la société par l’exercice paisible de notre religion. Nous serons désormais ce que nous avons été et ce que nous sommes encore. Un objet unique domine et préoccupe nos âmes ; le bien de la Patrie et le désir de lui consacrer toutes nos forces. A cet égard, nous voulons ne le céder à aucun habitant en France ; nous disputerons de zèle, de courage et de patriotisme avec tous les citoyens... » (Source : Etre juif dans la société française, de Béatrice Philippe, éd : Montalba)

Au moment de ce texte qui résonne encore d’accents actuels, l’émancipation des juifs reste à venir ; Les adversaires opposent les observances religieuses, le caractère national du judaïsme vis à vis de la terre d’Israël, les attributs négatifs de leurs activités qui en auraient fait un peuple « dégénéré », et leur « destin » de peuple écarté, en exil de la société.

« En 1781, l’historien allemand C.W. Dohm (1751-1820) publia un essai : Sur l’amélioration civile de la condition des Juifs dans lequel il défendait l’égalité des droits pour les Juifs. Dohm affirmait que la nature mauvaise des Juifs prenait racine dans les lois oppressives et non dans la foi juive elle-même. Leur situation pouvait s’améliorer et les Juifs devenir des citoyens loyaux et reconnaissants, en abolissant ces lois, et en les encourageant à adopter la culture contemporaine. » (Source : Encyclopédie de l’histoire Juive - articles de Dan Michman - éd : Liana Levi)

En même temps que Malesherbes constituait un dossier considérable à propos des juifs et qui représenta 70 volumes, tant il avait travaillé le sujet ; questionnaire aux Intendants et lieutenants de police, situation exacte des juifs dans les différentes régions de France, leur législation et leur condition d’existence, il s’est aussi informé auprès des communautés très différentes les unes des autres selon qu’elles sont bordelaises, alsaciennes ou comtadines. Soit en 1787, l’Académie de Metz propose à son concours le sujet symptomatique suivant : « Est-il des moyens de rendre les juifs plus utiles et plus heureux en France ? » Le prix n’étant pas décerné cette année là, la question est resservie l’année suivante (1788), et c’est l’abbé Grégoire qui rend le mémoire le plus convaincant : « Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs »,un programme par lequel il décrit les vertus juives de la famille indiscutables, et puisqu’ils se montrent habiles en affaires, il faut faire en sorte qu’ils développent les secteurs d’activité en sommeil, se rendant utiles pour eux mêmes et pour la société. Mais il serait bon de forcer leurs enfants à fréquenter les écoles catholiques, et à l’Etat de ne point discuter de religion avec eux. L’abbé Grégoire se fera un ardent défenseur de l’émancipation des Juifs, comme de l’abolition de l’esclavage, mais il envisage encore de pouvoir à terme déjudaïser et convertir les enfants, et pense détourner voire recycler l’activité des juifs au profit de la collectivité.

Mirabeau épousera la cause de l’émancipation des Juifs, lorsqu’il rencontrera Dohm à Berlin, lui même fortement influencé par Mendelssohn. De retour en France, Mirabeau écrit en 1787, un plaidoyer émouvant dont extrait : « Ce négoce de détail dans lequel la fréquente répétition de gains très modiques peut seule suffire à une subsistance très chétive, ou le prêt d’argent, dont le profit est très conforme à l’équité naturelle est devenu grâce à de mauvaises lois et aux préjugés qu’elles enfantent, le domaine et le signalement d’une possession malhonnête, voilà le principal et l’unique moyen de subsister des juifs et tandis qu’on le leur tolère, les lois décident une inique partialité pour tous leurs débiteurs, aggravant ainsi toutes les humiliations, les périls et multipliant par conséquent les ruses d’une nation déjà si opprimée. » « Les Juifs auraient été plus que des hommes s’ils n’avaient point haï ceux qui les persécutaient avec tant d’injustice ; s’ils n’avaient pas répondu à la tyrannie active de leurs ennemis du moins par des preuves indirectes de leur haine et qu’ils se seraient vengés quelquefois sur des individus de la religion chrétienne des cruautés qu’ils éprouvaient, il n’y aurait rien que de conforme à la nature de l’homme. »

« Robespierre soutient qu’il est impossible de préserver les principes révolutionnaires de liberté et d’égalité si on les dénie à certains hommes. » ainsi clamera-t-il : « On ne dira jamais avec succès dans cette assemblée qu’une fonction nécessaire de la loi peut être flétrie par la loi....On vous a dit sur les juifs des choses infiniment exagérées et souvent contraires à l’histoire. Comment peut-on leur opposer les persécutions dont ils sont victimes chez différents peuples ? Ce sont au contraire des crimes nationaux que nous devons expier, en leur rendant les droits imprescriptibles de l’homme dont aucune puissance humaine ne pouvait les dépouiller. On leur impute encore des vices, des préjugés, l’esprit de secte et d’intérêt, on exagère. Mais à qui pouvons-nous les imputer si ce n’est à nos propres injustices ? » Le Comte de Clermont -Tonnerre (1757-1792), député de la noblesse aux Etats-Généraux déclara aussi « Il faut tout refuser aux juifs comme nation et tout accorder au juifs comme individus ». (Source : « Etre Juif dans la Société Française » de Béatrice Philippe, éd : Montalba)

Montesquieu avait défendu en son temps, l’idée du « droit naturel » des êtres humains, à intégrer la Nation, idée qui s’appliquait aux Juifs, aux Protestants et aux esclaves noirs.

2) Des reculs : Envisageons le problème sous l’angle de la confrontation entre le Romantisme allemand (Goethe, Heine) et la Raison française (Montesquieu, Rousseau, Voltaire) au milieu de laquelle l’émancipation des juifs faisaient les frais. Des régressions apparaissent sur les deux bords du Rhin. Si l’émancipation s’étend à l’Europe à la faveur des conquêtes Napoléonniennes, des débats d’idées et une régression surgissent à la chute de Napoléon ; « le romantisme s’interroge sur le rôle fondamental de la Raison dans la création de la société et de l’Etat : il considère que les nations sont de corps naturels fondamentaux et non les produits de l’esprit humain. Il n’est donc pas possible à un individu de changer de nation même s’il en exprime le désir. Et même si l’on octroie aux Juifs l’égalité, ils ne peuvent être partie intégrante de la nation. » Ainsi verrons-nous le ghetto de Francfort se refermer à nouveau sur les juifs.

« La Sainte Alliance (Russie, Prusse et Autriche) voulut voir dans son triomphe sur Napoléon la victoire de « "l’esprit germanique » sur « l’esprit français ». Les Allemands abandonnèrent la philosophie des Lumières pour les idées du nationalisme et du romantisme, très attachées aux traditions du passé. Cette évolution idéologique et le Congrès de Vienne (1815) entraînèrent un renouveau de la propagande antisémite et l’abolition des droits nouvellement acquis. » (Source : Encyclopédie de l’histoire Juive - articles de Dan Michman - éd : Liana Levi)

Quant à Napoléon, de retour de campagne faisant une halte en Alsace, sensible au mécontentement des alsaciens à l’encontre des juifs usuriers, signera en 1808, le « Décret infâme » d’une validité de dix ans, qui mit en sursis l’émancipation des juifs alsaciens.

L’émancipation fut acquise : - En Allemagne en 1871 - En Autriche-Hongrie (Habsbourg) en 1860 - Au Danemark en 1814 - En France en 1790 pour les juifs de Bordeaux et Comtadins, 1791 pour les alsaciens (remise en question à nouveau en 1808 pour les Juifs alsaciens, définitivement acquise en 1818) -

La Russie : Un cas à part... Les zones de résidence sous domination Russe (Pologne, pays Baltes, Roumanie, Ukraine) assignés au juifs, connaissent des vagues de pogroms (1881-1884), à la suite ou sous prétexte de l’assassinat du tsar Alexandre II. Cette période est connue sous le nom de Soufoth ba-neguev (tempêtes dans le sud). Dès 1882, le gouvernement édicte « les lois scélérates » destinées à restreindre le droit de résidence, le nombre des métiers autorisés et un numérus clausus dans les universités. Les juifs cherchent à quitter le pays, vers l’Europe, l’Amérique ou la Palestine. D’autres se tournent vers les mouvements socialistes et fondent le Bund en 1897. « Une seconde vague de pogroms (1903-1906), éclate dans le contexte des troubles qui conduisent à la révolution russe de 1905. ..le premier a lieu à Kichinev en Bessarabie pendant la Pâque de 1903, 49 juifs sont tués, des centaines blessés, et environ 1500 maisons et magasins juifs pillés, les forces de l’ordre restant à l’écart, et la populace scandant : « Frappons les Juifs et sauvons la Russie. »

Pendant que la Russie persécute, l’Europe de l’ouest s’affranchit...que viendra troubler l’Affaire Dreyfus (1894)...

L’éventail des professions exercées par les Juifs s’élargira au cours du XIX° siècle...La plupart des Juifs adopteront le style vestimentaire du pays », et l’architecture des synagogues s’inspirera de celle des Cathédrales, les orgues y seront introduites. Petit à petit, les Juifs accèdent à toutes les fonctions publiques, politiques et militaires, et se font une place dans les arts (Jacques Offenbach, Sarah Bernhardt, Rachel, Moritz Daniel Oppenheim, Adolphe Crémieux, Achille Fould, Darius Milhaud, Rothschild, etc..)

Voir article sur l’art Juif au XIX° Siècle.



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